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Maurice, animateur sur Maurice R@dio Libre

Maurice, animateur sur Maurice R@dio Libre

Maurice n’est pas qu’une voix - celle, rauque et puissante, que l’on peut entendre dans toute la France sur plus de 120 fréquences ; Maurice n’est pas non plus qu’un animateur radio - reconnaissable entre autres par sa franchise désormais légendaire qui le pousse parfois à "secouer" l’auditeur. Maurice est aussi le premier producteur de radio en France, et le premier à avoir lancé une syndication en Europe.

Nous l’avons rencontré dans les locaux de MRL, au Rock’n Roll Studio à Paris, où il a accepté de répondre à nos questions...

Avant toute chose, est-ce que tu pourrais expliquer ce que c’est qu’une syndication ?


Ah oui, avec plaisir. Il y a l’explication de LA syndication, le truc anglo-saxon, enfin américain surtout. Le principe de la syndication c’est : une station fait une émission, et elle propose à un nombre X de stations réparties sur un territoire Y de rediffuser cette émission - en général en direct. Moi en 92, mon rêve c’était de monter un studio de radio qui ne soit pas un studio de radio attaché à une station, et que ce studio ait la faculté de proposer notamment une émission de conversation à un nombre X de stations ; c’est ce qu’on fait aujourd’hui. Donc quand on va en Bretagne, si on écoute M99 Média, on tombe sur une émission qui fait partie de leur grille, qui s’appelle « Maurice R@dio Libre » et... (à Nathalie, la directrice de production qui a la gentillesse de nous servir un café) Ça c’est super sympa. Merci beaucoup. (Il reprend) ...

qui s’appelle « Maurice R@dio Libre » et qui est parfaitement intégrée à la grille habituelle de cette station. Même chose pour FC Radio à Lyon, même chose pour Sud Radio. Voilà, j’sais pas si j’ai répondu à ta question...

Si, si, c’est clair... Et qu’est-ce qui t’a donné envie de faire ça en France, le premier qui plus est ?

C’est que... Humm!... Je suis le seul producteur privé, indépendant de radio. De France. Ça n’existait pas euh... ça n’existe pas d’ailleurs, j’sais pas pourquoi les... Non ; aujourd’hui, je dois être euh... Enfin, il y en a deux aujourd’hui, je crois qu’Arthur doit... je pense qu’il doit produire aujourd’hui. Mais pas depuis ses installations. Enfin j’suis pas sûr de ce que j’avance.
  Donc, mon idée c’était d’aller plus loin dans l’indépendance, de manière à euh.... Si j’ai voulu être producteur de radio, c’était pas pour faire un truc différent, mais c’était simplement pour éviter les lourdeurs administratives des stations ; et puis d’autre part, parce que j’aime bien choisir les gens avec lesquelles je travaille, et choisir les gens que je croise. Dans les stations - comme dans toutes les boîtes - y’a des histoires, des machins, des gens qui traînent, des cancans, et cætera ; donc quand j’ai pu monter ma première société de production, j’l’ai fait. De manière à travailler dans mes bureaux, et à ne venir des les stations que pour apporter la touche finale - autrement dit pour faire le direct. C’est ce que j’ai fait à Ouï FM, c’est ce que j’ai fait à Sky (Skyrock, ndla).
  Ensuite, plus loin que ça, c’était sortir de ce contrat de producteur, qui est un contrat qui est soudé ; on te dit : « voilà, c’est une émission de conversation », y’a la musique - la musique c’est le producteur qui la choisit en gros -, et dès que le producteur a envie d’aller à la foire aux jambons à Clermont-Ferrand faire son émission, là pfff... on rentre dans les lourdeurs administratives, dans les problèmes des stations. Parce que bon, le patron de la radio et le directeur de l’antenne, ils ont autre chose à foutre que d’avoir un mec qui est là : « Ouais, moi j’irais bien à la foire aux jambons... », alors bon, il faut faire des trucs, parce que, euh... c’est pas si simple. Aller faire la foire au jambon, c’est une structure technique, c’est des frais, c’est du personnel, des assurances et cætera.
        Donc, c’qui fallait, c’était avoir une structure de production totalement indépendante  mais aussi, pourquoi pas, un studio. À partir de ce studio, la radio on s’en fout : ce qu’on lui a promis, c’est de lui livrer tous les soirs entre 21 heures et minuit une émission en direct de conversation avec un mélange de ses auditeurs et d’autres auditeurs. On veut aller à la foire aux jambons, ben euh... on sort notre calculette, on appelle nos technicos et puis on appelle France Telecom et on dit « il nous faut des lignes ». Voilà la raison principale.

Question de liberté d’action...

Ouais. Pour faire des folies. Là on a un studio qui est euh... dans le monde de la FM qui est immense par rapport aux studios de FM : on a un batterie, on peut recevoir des groupes, sans déranger les gens, sans qu’à un moment y’ait des jalousies... Là, toute l’équipe travaille - même si on a d’autres produits, d’autres émissions - tout le monde est intéressé par ça, parce que quand on va avoir un groupe qui joue, on va avoir Nicolas qui fait les « Undergroud’z », qui lui a envie de faire des interviewes - moi, j’en fais pas, d’interviewes - ; donc, il peut récuppérer un peu de matière pour son moment... Tout le monde vient puiser dans cette nouvelle source de... de... enfin cette nouvelle matière quoi. J’sais pas si j’ai répondu à la question...

Si, si, pour l’instant, ça va... (échange de sourires) Donc combien d’émission est-ce que tu produis dans ta structure, en ce moment ?

Aujourd’hui, on fait euh... on fait les « Undergroud’z », on fait « Direct » avec Benzen - dont on ne sait pas si on va poursuivre, c’est un test, on est pas sûr... de l’avoir monté comme il faut. Donc on est en train de réfléchir un peu à ça, et puis... l’émission que je fais moi, le soir de 21 heures à minuit, avec sa rediffusion, et cætera.
        Et puis on veut toujours se garder une plage pour tester d’autres trucs : y’a des gens qui nous appellent et qui disent « Moi, j’essaierais bien de faire tel truc »... Si le sujet est intéressant, si le chef de projet a l’air de tenir la route, ce qui est le plus difficile aujourd’hui... Le plus difficile dans la radio, ce n’est pas tant de trouver des idées, mais surtout de trouver des pros...

Oui, des personnes compétentes...

Ouais, parce que les gens qui veulent faire de la radio pensent qu’il suffit d’avoir un micro, de s’asseoir et de parler. Alors que la radio, c’est pas ça ; la radio c’est un boulot. Enfin en tout cas, c’est la radio telle que j’ai envie de la faire ; si c’est pour aller faire une copie de NRJ, je fais pas le poids. NRJ sait faire parler les mecs trente secondes, « le soleil, on est des jeunes, y fait beau », j’vais pas aller me battre contre le monstre NRJ. Il n’y a qu’Europe, ou que les stations de la même puissance qui peuvent aller rivaliser avec eux sur "les micros-trente-secondes" où il ne se passe pas grand chose. Notre boulot c’est d’essayer de faire des émissions où ça parle, où on dit des choses, où il y a un véritable échange.
        Donc là c’est plus difficile, parce qu’on a rencontré j’sais plus qui - enfin j’ai pas rencontré moi directement, mais Nathalie qui est directrice de production et dont le boulot et d’aller voir ça dans un premier temps - et le mec voulait faire une émission de BD, il était super sympa, il connaissait bien la BD... Mais il a pas compris que... ouais, d’accord, une émission de BD, mais nous, la radio, on en fait tous les jours. Et pour en faire tous les jours, on arrive pas avec trois BD sous le coude dix minutes avant, et puis on parle à tort et à travers ; parce que ça, pour nous, c’est un produit qui n’est pas commercialisable, c’est un produit qu’on peut pas mettre sur notre système. Je sais pas encore une fois si j’ai répondu à la question...

Tu as même répondu en même temps à une autre question que j’avais un peu plus loin, qui était... sur le fait que beaucoup de gens qui écoutent ton émission - ou la radio en général - ont l’impression justement que tu arrives, que tu poses tes fesses sur un fauteuil et que tu fais le truc que tu avais prévu de faire sans avoir à bosser...

Ben... dans le même temps, j’te dirais : « c’est ce qu’il faut », il faut effectivement que les mecs s’imaginent que j’arrive à 21 heures, que je pose mon cul, et qu’après c’est fini. Dans la réalité c’est pas ça, c’est... Parce que la radio, c’est comme la moto : si on veut pouvoir improviser - c’est-à-dire est-ce que là, maintenant, tout de suite, allez clac! on va faire un tour à Marseille pour voir comment c’est l’histoire de la neige, il faut que la moto soit révisée, il faut qu’on soit sûr de notre coup, qu’elle soit assurée, que les pneus soient gonflés... Après ça, c’est bon.

Il faut que ce soit transparent...

Oui, faut que... (en indiquant le mur derrière lui) le mec qui a monté le mur qui est là, il s’est démerdé pour qu’on ait l’impression que le mur s’arrête là (il indique le sol), alors qu’en fait, le mur, il rentre encore trois mètres sous le truc, et y’a des machins en féraille dedans... Nous; c’est ça, c’est pareille, voilà. Qu’on s’imagine qu’il suffit simplement de se poser là et puis c’est fini.

Quelle est la place de la musique dans ton émission ?

La musique, c’est euh... ce sont les épices... pour le plat. La musique, c’est une alternative à ce qu’on entend aujourd’hui. Je pense que la radio en général a perdu cette force : c’est-à-dire qu’on se trouve aujourd’hui à offrir aux gens la même musique partout ; quelle que soit la taille du supporte, la prise de risque qu’elle pourrait prendre, tout le monde fait la même chose. Moi, j’ai grandi dans le Rock, c’est ce que je connais le mieux, c’est plutôt ce que j’ai envie de faire, parce qu’il se passe beaucoup de choses. Pas beaucoup chez nous, pas beaucoup en France, mais beaucoup chez les Anglo-Saxons. Il se passe énormément de trucs, y’a vachement de recherche, de groupes... Y’a beaucoup de groupes pas bons, mais aussi énormément de groupe bons.
        Donc, la musique pour moi est un... c’est le moment quand tu vas allumer la radio - tu vas entendre effectivement le mec qui parle avec des gens - qui va t’offrir musicalement un truc pour te laver un peu la tête, te sortir de ces... - bon, il en faut, des tubes -, mais de ces trucs avec lesquels tu ne sais plus sur quelle station t’es, parce que tout le monde passe, de RTL à FUN, tout le monde passe la même musique. En dehors de SKY. SKY pour moi, SKY aujourd’hui c’est une vraie réussite. Parce que Bellanger a réussi à faire une station Rap « RAP ». Le mec, c’est des « zy-va », la musique c’est du Rap, alors y’a le Rap commercial, le Rap underground... Je trouve que c’est assez bien foutu, ce que les autres... VOLTAGE FM était bien partie à un moment. VOLTAGE avait réussi à être la radio « Dance » ; pas les mecs qui... les night-clubbers, quoi. Les mecs qui vont en boîte, mais les ... pas les spécialistes. Pas les, euh... Les mecs qui vont en discohèque, quoi ; on entendait j’sais pas quoi... Kylie Minogue, la version « tioube’ze » euh... « boum-boum », avec des trucs en plus. Donc, ça pour moi, c’était fort, parce que, à un moment, même si t’aimes le Rock, quand tu as fini d’entendre cinquante fois Céline Dion, même si j’ai du respect pour ceux qui réussissent - c’est pas ma tasse de thé, mais... -, quand t’en as marre d’entendre ça, bon à un moment, tu pouvais te jeter au cou de... au cou de (rires)... de j’sais pas quoi, de VOLTAGE FM, et puis en avant.
        Les Blacks, Média Tropical, ils ont pas vraiment réussi dans ce domaine, parce qu’ils n’ont pas réussi à offrir un versant hyper-rigoureux, carré, de la musique des mers chaudes ; euh... Latina était bien partie, mais ils ont voulu faire tellement latin, répondre à la définition « Latin », qu’ils ont glissé une pelletée de musique italienne, du disco italien qui ne correspond pas à la norme internationale, les langues des normes internationales, y’a que les Italiens... C’est comme nous, si on essayait de faire une radio ou euh... d’envoyer des titres en Italie, et qu’on envoyait Johnny Halliday : les Italiens peuvent pas comprendre Johnny Halliday ; il peuvent comprendre Ophélie Winter. Parce qu’on est dans un beat international ; ils peuvent comprendre Solaar, mais ils ne peuvent pas comprendre Johnny Halliday, ils peuvent pas comprendre Francis Cabrel, parce que Francis Cabrel, il dit des choses, ça fait référence  à la vie des Français, et cætera. Quand t’es en Italie, euh... bon et musicalement, c’est pas assez international pour que les mecs se disent « c’est pas grave » - comme nous quand on entend de la musique américaine - « c’est pas grave, on comprend rien, mais ça a l’air de marcher, et puis y’a "love" dedans, et love on sait que ça veut dire ça et puis on le répète ».
        Donc, l’idée c’est de proposer aux gens autre chose, et ça commence à fonctionner. C’est-à-dire que les gens qui critiquaient la musique y’a dix ans - même sur OUÏ FM, puisque c’est du Rock mais c’est du Rock commercial, parce que moi, je fais du commerce, j’fait pas... il faut qu’je bouffe ; et puis je déteste pas le Rock commercial... Le Rock commercial, c’est les Red Hot Chili Peppers, c’est Jimi Hendrix, c’est euh... bon, du Rock qui se vend, quoi.
        Donc l’idée, c’est d’offrir à ces gens - à ceux qui ont envie d’entendre autre chose - de la zique, pas du Rock, que du Rock poussiéreux, des trucs que les mecs connaissent par cœur, mais... ouais, d’accord, du Kravitz, comme là (Lenny Kravitz passe à ce moment-là à l’antenne), parce que Kravitz c’est bon, c’est eazy-listenning, mais aussi de temps en temps sortir et aller se jeter un truc de fou...

Un truc pas commercial...

Ouais, un Rock qui... ’fin, si, qui est commercial parce qu’il se vend dans les pays anglo-saxons, mais qui est pas reconnu chez nous. Mais qui est toujours dans le beat pile-poil de l’année, avec la couleur - parce que le Rock c’est comme toutes les musiques, y’a des modes, y faut mettre plus de pied, plus de guitare, moins de ci, plus de cris, et cætera.
        Donc voilà la démarche, donc ça reste un facteur important, et Maurice Radio Libre c’est 24 heures de Rock.... Et on essaie aujourd’hui - c’est un pari qu’on fait - de forcer un peu sur les groupes français. Alors on le fait vraiment à la cuillère à café, parce que les groupes de Rock français souvent souffrent de... Y’a trop de petits producteurs de Rock en France, donc il y a beaucoup de très mauvaises productions. Y’a des groupes qui font des trucs, qui sont euh... pas grandissimes, mais supportables ; des trucs qu’on pourrait prendre l’habitude d’entendre. Mais la prod’ est tellement mauvaise, que c’est indiffusable : trop de petits producteurs de Rock.
        Mais on essaie de forcer un peu, on fait un live d’un groupe qui s’appelle Mirabeau mardi prochain (06/03/01, ndla) dans l’émission, un groupe français. Alors les groupes français ont deux problèmes, deux tares : c’est qu’il sont souvent mal produits, et la deuxième c’est qu’ils... c’est qu’ils... c’est qu’ils sont comme les Français : ils veulent le beurre et l’argent du beurre. Quand on reçoit Keziah Jones dans l’émission - ou un groupe anglo-saxon - quand on reçoit Keziah Jones qui est une star internationale, le mec rentre rentre, on lui dit « c’est là-bas », il s’assied, on lui dit ça commence à telle heure, ça s’arrête comme ça, y’aura p’t’être tel truc, le mec dit « banco », c’est pour ça qu’il vient : il vient pour sa promo. Il s’assied, il fait son truc, il a le sourire, quand c’est fini il dit « merci beaucoup » et il s’casse. Les groupes français savent pas faire ça.
        C’est :  « Ouais, y’a pas assez de lumière, et puis truc, et puis on veut pas s’mettre là... » ; ils savent pas faire de la promo. Ils sont mauvais en promo, c’est pour ça qu’on les invite pas, c’est pour ça qu’ils sont difficilement exportables, parce qu’ils savent pas se rappeler à chaque instant qu’ils font du commerce. Et dans le commerce, quand Royco fait « Minut’Soup », ils font un produit à la taille qui rentre, ils font pas des boîtes d’un mètre de long, parce qu’on pourra pas les mettre sur les gondoles dans les magasins. Y’a une tolérance, c’est j’sais pas combien euh... trente centimètres sur dix ; ils se disent « Ah ben tiens, nous on va faire des boîtes qui font la moitié comme ça on pourra les ranger », et les groupes français n’arrivent pas à comprendre ça. C’est-à-dire que même lorsqu’ils essaient de vendre leur musique, ils continuent à le faire avec une envie un peu... d’artiste quoi :  « Ouais, moi j’fais c’que j’veux » euh... « Tu vois, moi j’veux jouer... » ; c’qui fait qu’ils ne sont pas diffusés et qu’ils tournent pas.
        Nous on a eu des groupes qui sont de bons groupes français - dont je tairai le nom parce que c’est cancanesque c’que j’vais dire - mais le bon groupe français, on dit au mec... On si dit « Allez faut qu’on soit présent ; on est l’un des rares "outils" Rock en France » - avec OUÏ FM ; y’a OUÏ FM à Paris, et nous en national ; on est moins fort à Paris, donc on est vachement complémentaire - on se dit « Allez mon vieux, faut qu’nous, support Rock, on pousse un peu les groupes français. Qu’est-ce qu’y’a de bon ? », on trouve cinq trucs géniaux ! Allez, banco, ces mecs-là, on va faire quelque chose ; on s’approche des mecs, ils ont envie, mais ils ne savent pas jouer dans une structure radiophonique, ils ne savent jouer qu’à Bercy. Donc les mecs c’est douze camions de matos, et des prises de tête et des trucs qui font que, finalement on se dit... on a pas la possibilité de les faire jouer.
        Donc, on fait euh... un groupe new-yorkais ; les mecs, ils arrivent, ils sont huit. Huit ! Un camion de matos, les mecs, ils te disent : « T’inquiète pas, on envoie les roddies, les machins, les trucs... ; ça va bien se passer ». Les mecs ont été brieffés avant, on leur a dit « Attention, faut jouer à telle heure, machin », ils ont mis en place le matos ; les mecs jouent, les zicos arrivent à l’heure, ils sont pas torchés - ils ont pas bu de la bière, ils ont pas fumé des pétards -, c’est des Amerloques, ils rentrent dans le truc, ils font le sourire poli, machin, truc ; ils disent trois fois « Maurice » dans les morceaux comme ça, ils se disent « Comme ça, l’autre il est content ; on aura pas d’histoire, et puis il va pousser le machin ». C’est fini : ils s’cassent. Ils passent tous pour dire « Bonsoir », et ils s’cassent.

Des pros...

Et ouais. Et donc on les diffuse. En France on a pas ça, on a très peu ça. Si on a euh... comment il s’appelle euh... (En parlant fort) Comment s’appelle le groupe qu’on a joué... Allo ! (faisant durant huit bonnes secondes des gestes devant la vitre à l’attention de Nathalie qui travaille dans la pièce à côté) Comment s’appelle le groupe français qui jouait pas mal, qui est venu jouer à plusieurs reprises ?

Nathalie : Quel groupe ?!

Maurice : Le groupe français...

Nathalie : Aston Villa !

Maurice : Aston Villa. Y’a Aston Villa. C’estg des mecs, ils ont compris la promo ; ils se balladent, ils viennent, ils sont venus trois fois, j’sais pas, dans l’émission, euh... Bon, c’est des mecs, ils viennent, ils font leur sauce, ils s’cassent, et c’est plutôt bien.
        Mais à chaque fois qu’on va faire un groupe français, on est tous hyper-tendus ; on ne pense plus au boulot, on s’dit plus euh... « Faut bien placer les mecs pour qu’ils s’voient, penser à ça... », on est là à se dire « Qu’est-ce qu’on fait s’ils nous prennent la tête ? On les jette dehors ? », il nous faut des mecs pour nous aider à les sortir, pour sortir les musiciens... (sourire désabusé) « Si jamais ça se passe mal, qu’est-ce qu’on fait, comment on les lourde d’ici ? »... C’est triste d’en arriver là.
        Y’a pas assez de pros. Y’a trop de... y’en a trop [des productions]... Je pense que les labels dits "indépendant" devraient se regrouper, pour faire un vrai label, pour avoir les moyens de s’embaucher des bons, des pros, des mecs de promo, des bons directeurs artistiques, des mecs forts qui vont dire « Voilà, attention les mecs, vous allez à tel endroit, c’est comme ça que ça va se passer ; si vous voulez  pas on en parle plus... » : c’est c’qui nous manque.

C’est vrai qu’en France, au niveau du Rock, c’est un peu « qui veut faire son CD vient faire son CD »...

Ouais. Donc les mecs font leur CD. Alors, pourquoi en Rock, parce que c’est plus facile parce qu’on est nombreux, dans chacun met dix balles sur la table, ça fait cinquante balles : bon on fait le CD. Mais les gens pensent qu’il suffit de faire un CD... Il s’rendent plus compte que derière, y’a un vrai besoin technique, ou sonore, de sorte que - même si la musique est bien - le programmateur peut à un moment dire « Ça je ne peux pas le passer, parce que le son ne va pas ; parce qu’à un moment, ça va faire ça, moi derrière j’ai les compresseurs, des machins, des trucs, ça va faire du souffle, on va dire que c’est ma radio qui est dégeulasse... Je vais l’jouer une fois, pour déconner, mais j’peux pas. ». Même les Bourvil, aujourd’hui on les remasterise. Pour qu’ils soient diffusables.
        Et les mecs qui n’ont pas compris, ils ont souvent une méconnaissance du système commercial. Ils pensent qu’il suffit de faire un CD, d’appeler à la radio et de dire « J’ai fait un CD » pour que ça se vende. Alors que dans la Variété, on est meilleur, en France. Là c’est un mec ou une nénette ; on lui dit : « Attention, Jacqueline, demain tu vas à Canal Plus, faut pas dire ci, faut pas dire ça, faut faire comme ci, on a besoin que tu sois habillée plutôt comme ça ». Mais les groupes sont plutôt diffiviles à gérer. J’ai répondu à la question, là, j’me suis arraché...

Ouais, là du coup, j’ai de la matière ! Et la place de la musique dans ton film ?

Dans mon film ? Dans « Les Arsouilleurs » ?

Oui (de la tête).

« Les Arsouilleurs », c’est une aventure un peu... C’est une belle aventure qui est en stand-by aujourd’hui. Euh... C’est ça dont tu parles, hein ?

Oui, tout à fait.

T’as entendu parler des Arsouilleurs, c’est bien... C’est une histoire un peu compliquée, j’ai été mauvais ; j’ai fait une énorme connerie en fait, pour les Arsouilleurs : euh... c’est que j’ai été chercher ce p’tit mec que j’aimais bien, qui s’appelle Guillaume Depardieu, que j’aurais jamais dû faire venir là-dedans (sourire désabusé mais goguenard), et qui est un super comédien, très bon comédien, mais qui est un mec qui euh... qui ne sera je pense jamais que le fils de Gérard Depardieu. Alors pourquoi, je sais pas...
        On avait réussi à réunir dans les Arsouilleurs - pour la première fois donc à ce   moment-là - Julie Depardieu, Guillaume Depardieu et Gérard Depardieu, à ajouter Bohringer, qui est un mec bien ; et on a réussi à faire ces stars énormes de chez nous - euh.... Gérard Depardieu et Bohringer, parce que les autres, ils le sont pas - à les faire jouer avec des comédiens, des mecs qui ont la sauce, qui ont la pêche... Et puis euh... Alors c’était pas une idée à moi le film, j’avais pas envie de faire ça ; c’est une jeune femme qui avait un peu insisté, - qui m’a écrit, dont j’ai largué tous les courriers - qui m’a dit « Mais si, fais un film, machin, truc » et caetera.
        Et puis un beau jour j’ai dit oui, on s’est lancé dans l’aventure vraiment, et j’ai fait l’idiotie d’aller chercher Guillaume. Qui est un garçon qui euh... qui est sympa au fond... mais qui n’est pas conscient des réalités. C’est-à-dire que, comme c’est le fils de Gérard Depardieu, il n’aura jamais de problèmes économiques, il ne s’ra jamais comme les autres comédiens. Il aura jamais à se dire s’il fait l’con : « Maintenant il faut que je paie mon loyer », quoi... « Il faut vraiment qu’je l’paye. Donc, j’vais arrêter d’faire le con, parce que... »... Comme nous tous, on s’dit à un moment : « Bon, d’acord, à droite on fait chier, à gauche on fait chier, au milieu on est pas sérieux, on part du truc... mais à un moment, les mois avancent, on s’dit : « Bon, j’ai fait l’con depuis l’mois d’janvier jusqu’en mai, maintenant, il va falloir payer. Il faut que j’donne un peu aux huissiers ! » (rires).
        Et Guillaume, lui, dans son inconscient, c’est que quand il sera bourré de dettes, il dira : « Gérard, j’ai pas payé on va me mettre en prison » ; alors il se fait mettre en prison par l’argent, Gérard, il va le sortir... Donc c’est ça, son frein. C’qui est con, c’est qu’à l’inverse de beaucoup de "prénoms" de stars - parce qu’il y a des prénoms, etc., chez nous, qui sont souvent des mauvais ; des mauvais qui sont simplement le "fils" ou la "fille de ...", - Guillaume, c’est un mec qui a un talent de barjot, quoi, c’est... Mais bon, c’est pas d’sa faute, c’est moi qui me suis trompé : j’ai fait une connerie, et le fait de l’avoir mis là-dedans ça nous a... ça a cassé l’élan. Ça a cassé l’élan de ce film, que je ferais un jour.
        Mais bon, il faut s’en remettre, et puis bon : c’est Guillaume qui a les images, c’est un faiseur d’histoires et puis il a du temps. Moi, malheureusement, j’ai pas ! (Rires). Bref, il veut pas les donner, il dit : « Oui, c’est mon film », et caetera... Ça veut dire que si j’veux récuppérer les images, faut qu’j’aille au tribunal... Malheureusement, c’est un problème. Mais je l’ferai un jour.
        Donc la place de la musique elle devait être assez importante pour moi (rires), dans ce film ; le scénar’ avait été réécrit, rebossé par quelqu’un que je connais bien qui s’appelle Iza Jisse, qui est une nénette qui sait vraiment bien écrire...

Épelle, épelle...

C’est « Iza », I-Z-A, « Jisse », J-I- euh... deux S-E. Qui est quelqu’un qui est un scénariste, ce que je n’suis pas. Donc elle est partie de ce truc... parce qu’on a tourné quand-même « Les Arsouilleurs », on a tourné euh... je sais plus si on dit des "scènes" ou des "séquences", j’suis pas un spécialiste (sourire), j’apprenais en faisant - c’qui était vachement intéressant - ; on a tourné quelques séquences avec Bohringer, avec Gérard Depardieu, Guillaume, Julie, et les autres comédiens. Mais bon, aujourd’hui Guillaume est détenteur de ça, et il ne veut pas le lacher.
        Je m’suis un peu perdu là, parce que forcément ça évoque plein de trucs dans ma tête, mais c’était... c’était un moment d’aventure génial... c’était... c’était grave... C’était fabuleux : on s’est retrouvé le soir - on a tourné en deux jours, on était limité par le blé - mon vieil ami Franck s’était ramené, il nous avait trouvé du film, parce qu’on en avait plus... À 20 heures on cherchait partout du 35 millimètres, parce qu’on avait mal calculé notre coup (sourire), bon, il nous a trouvé ça...
        C’était bien parce que c’était une vraie équipe, parce que tout le monde avait compris que c’était : « On y va, on le fait ».  Et c’est un moment assez fort, et on s’est retrouvé.. genre une demi-heure avant le début de l’émission à être en train de finir de tourner vite fait, en disant : « Oh, la-la, putain ! Aujourd’hui, j’ai pas bossé, c’est n’importe quoi... », alors que je pensais avoir un peu de mou ; j’ai traversé Paris sur la moto comme ça (il mime une position de recherche de vitesse puis indique "droit devant"  avec la main) pour être à l’heure pour faire l’émission, mais... c’t’un bon souvenir.

Et les projets télévisuels ?...

J’ai du mal à m’accorder avec les gens de la télé. J’pense que...  - là-aussi, on a tourné des trucs - euh... J’suis pas un obsédé de la télé, j’ai envie d’en faire, mais bon moi c’est après la radio : mon métier, c’est la radio. J’ai envie d’en faire, mais pas à n’importe quelles conditions.
        Et je reste conscient que les diffuseurs sont des gens qui se sont fatigués à monter leur crêmerie. Et que, bon, j’admet que les gens puissent me dire : « Attends... Il est gentil là, l’autre, mais bon : nous sur notre chaine de télé, on a envie de ça, ça et ça. On trouve que ce serait intéressant de l’utiliser pour faire notre truc, mais s’il veut pas faire notre truc, ben, on... va se prendre la tête... »... Parce que c’est un peu c’qui s’est passé : c’est-à-dire que moi, j’avais une envie, eux avaient une autre envie - c’est leur chaine de télé, c’est logique... J’avais pas envie d’en faire un truc pourri.
        Quand je vois l’aventure d’Arthur notamment, bon j’me dis : « Ouais, putain... »... Bon, ça va pas lui plaire que j’parle de lui, parce que maintenant il est fâché avec moi (rires)... Mais bon, quand tu vois Arthur à Courchevel sur euh... Putain!... (re-rires) C’est... c’est un peu marcher "dans les pas de ..." ; j’aime bien ces métiers - la radio, la télé, la presse - si la part de l’individu qui communique reste importante. Si, euh... c’est bien j’veux dire, il faut plein de gens pour faire euh... pour des jolis visages, pour dire des trucs écrits par d’autres, il en faut plein... Moi j’ai pas un joli visage ; mais j’ai un beau corps (rires) euh...
        Donc, bon, aujourd’hui en tout cas ça peut pas fonctionner, parce que la télé est pas prête à accueillir un me comme moi. En tout cas un mec avec c’que j’ai dans la tête. Et puis, la télé chez nous elle est toujours un peu pareille... Il sont tous en costard, il disent tous à un moment « con » avec un air... (il met sa main devant sa bouche en écarquillant les yeux et en trésautant) gêné... Pfff... J’ai envie d’une autre télé...

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Semaine du Lundi 04.02.2002

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