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Maurice, animateur sur Maurice R@dio Libre ‑ Suite et fin

Maurice, animateur sur Maurice R@dio Libre - Suite et fin

Ça va être dur, surtout ces temps-ci...

Ouais, bon, c’est pas mon obsession ; et puis je sais que le jour ou j’aurai très envie de faire de la télé, je monterai une chaîne. Bah... j’monterai une petite chaîne ; bon chez nous aujourd’hui, une petite chaîne de télé c’est 40 millions. Mais c’est un peu comme le ciné : c’est 40 millions parce que pour faire l’interview que tu es en train de faire aujourd’hui (avec un magnéto-cassette, des stylos et du papier, ndla), il y a huit mecs, tu vois ?

Oui, la télé, c’est autre chose.


Euh... Alors que bon, c’est pas la peine, on a pas besoin de ça. On a gardé... la télévision est un peu vieille chez nous, dans sa structure ; on a gardé, même quand on fait une nouvelle chaîne, les vieilles habitudes, y’a douze mecs pour tenir un câble, quoi...
        Alors qu’une chaîne de télé, c’est un magnétoscope. On arrive à faire... Ardisson et son idée de « Free One » - quand il était venu me voir - était bien, c’était une autre télé, j’sais pas... C’était la téloche, plus simple quoi : une caméra, on filme, on te fais voir des machins et puis voilà. C’est un peu ça, c’est la télé d’Ardisson que j’ai envie de faire. Celle que j’ai en tête - celle que je ferai peut-être un jour - ressemble plus au goût de Ardisson/Free One qu’à « Rive droite - Rive gauche ». Et je salue Thierry.

Mais j’ai l’impression que ça commence à venir, ce genre de télé : « Paris dernière » par exemple...

Mouais, ouais... (un peu dubitatif)

... dans le concept, pas forcément dans le contenu.

Ardisson. Ardisson c’est quand-même le mec le plus moderne qu’on ait à la téloche aujourd’hui ; y’avait Ardisson et y’avait Dechavanne. Dechavanne qui s’est auto-détruit, pour moi. Ce qui est incroyable. Parce que c’est un mec qui a du talent, c’est un mec qui avait tout, et puis, euh... à force d’avancer, ça va devenir "Monsieur Échec" quand-même...
        C’est facile de montrer les autres du doigt et de dire : « Ouais, ça, ça n’a pas marché » : je ne ris pas des échecs des autres, parce que l’échec nous guette tous, il faut tenter des choses... Ça me pince un peu le cœur qu’un mec comme Dechavanne ait pas avancé, parce qu’il était moderne. Mais je pense que c’est fini ; il s’en relèvera jamais.
        LE mec moderne de la téloche, LE producteur moderne de la téloche, demain ce sera Ardisson, j’pense. Un mec qui est capable de voir ce qui se passe aujourd’hui et de faire de la télé en fonction des gens qu’y’a dans la rue, pas en fonction des gens des enquêtes qu’on a achetées, et qui veulent pas dire grand chose...

Et penses-tu que ce genre de projets "modernes" justement a des chance de passer mieux grâce au web, au câble... aux émissions un peu moins médiatiques...

Non, parce que le câble, c’est la télé d’aujourd’hui, hein ; le câble, y’a un directeur de production, y’a l’directeur de ci, y’a l’directeur de là, y’a l’directeur de machin... et la télé c’est un magnétoscope. C’est comme ça ! (Rires) Euh, non, le câble, non, il se passera rien. Enfin, en tout cas, pas dans l’immédiat.
        Euh... le net, ouais, si... SI et SEULEMENT SI les monstres de la finance ne s’accaparent pas ces trucs-là. Parce que c’est pervers : un mec qui a une idée de chaîne de télé, qui s’dit : « Ouais, tiens, moi j’vais faire une télé, où j’vais montrer mes vacances ; ça peut être marrant, j’vais faire ça. ». Et pour faire ça, le mec se dit : « Il me faut des ronds, et puis c’est l’occasion d’en gagner », donc il monte un busyness-plan, et puis coup de bol : y’a un monstre qui vient et dit : « Putain, c’est génial, votre télé ; on va la faire. ». À partir de là, qu’est-ce qu’il fait, le mec ? Ben, son idée c’était : « J’achète une caméra numérique et je m’amuse », et ça devient : « J’prends huit cadreurs... » et ça redevient une télé à la con, et c’est fini. C’est une imitation de TF1 sans les moyens et c’est mort.
        C’est comme la radio : je touche du bois pour que nous puissions - on ne sait jamais - pour que nous puissions continuer à bosser comme on bosse. C’est-à-dire qu’on reste une structure qui a envie de... (claquement de doigts et air motivé) « Ouais, ce soir, j’vais aller j’sais pas où... Place d’Italie faire un tour ; on y va, on s’prend pas la tête. P’t’être que ça se passera pas bien, on fait dix minutes et on revient... » : j’espère qu’on pourra continuer à faire ça. On essaie d’éviter les monstres qui se tournent vers nous en disant : « Ah, c’est bien, quelques ci, quelques là, on arrive, on a 100 millions et puis machin-chose... » ; on essaie de dire : « Ouais, c’est bien, 100 millions mais bon, on a pas besoin... »... On en a pas besoin, nous notre budjet c’est 10 millions par an...
        J’espère qu’on pourra continuer à faire ça, maintenant pour les chaînes de télé sur le web, il faut deux choses : il faut d’abord qu’on arrête les mensonges. On est dans un pays... la France est un pays de menteurs, quand on écoute les chiffres on a l’impression qu’il y a quoi? 600 millions d’internautes en France... Tout le monde est là avec ses animations Flash où c’est super beau : j’ai le cable ET l’ADSL, même là, à un moment, tu prends des bouts dans le sachet de cacahouètes que tu manges en attendant que ça charge le truc... (rires)
        Les gens chez nous, c’est malgré tout du MMX, que les mecs avaient dans leur bureau ; parce que la boîte a acheté du Pentium III donc a réformé des trucs, et à dit aux mecs : « Vous le voulez votre ordinateur ? Allez, de toute façon il est amorti, vous pouvez partir avec. », et le me après il est chez lui, il a acheté un modem 57 K en promo, et puis vas-y. Lui quand t’as une animation Flash, ça dure deux heures ; quand il a reçu sa note de téléphone une fois il dit « terminé ».
        Donc, qu’est-ce qui se passe ? Il y a plus de mecs en IRC que de mecs qui vont consulter les sites. Parce qu’en plus de ça, sur les sites, y’a rien ! Y’a rien ! Bon, j’veux attaquer personne mais y’a le site de Gaz de France : qui va aller sur le site de Gaz de France ? Pour quoi faire ? (Rires) On est tous clients de Gaz de France euh... EDF-GDF. Tous clients. Mais qu’est-ce qui pourrait faire qu’on irait nous sur le site de Gaz de France ? (Re-rires) C’est comme si Gaz de France vendait un magazine dans un kiosque : qui achète ce truc-là ? On peut me l’donner avec la facture, pour regarder les produits, les machins intéressants, savoir un peu le nucléaire... Mais on va pas acheter le journal.
        Le web, c’est quand-même ça, y’a un moment où il faut aller acheter le canard. Le site de... j’sais plus qui, euh... Jean-Jacques Goldman : ouais, d’accord. D’accord SI            Jean-Jacques Goldman a compris qu’il fallait que ce soit son site et qu’il y soit, que les mecs se disent : « Allez, à quelle heure il... à 10 heures du mat’ ? Ben on va aller le voir LUI ! ». Ses disques, les mecs les ont.

Et les vidéos, ils les voient à la télé...

Donc le reste on s’en fout ; tant que les gens n’auront pas compris chez nous que le net, c’est un truc de personne à personne, ça marchera pas. Ça ne sert à rien d’avoir un grand hall d’immeuble, de faire le site « Maurice R@dio Libre » où y’a jamais Maurice, où y’a rien sur Maurice, mais que... la prochaine tournée...
        Il y a UN mec en France qui a des fans, des vrais : c’est Johnny Halliday. Moi, y’a des gens qui sont intéressés par ce que je fais, pas par moi. Y’a que Johnny Halliday qui peut avoir le site « Johnny », une espèce de truc institutionnel qu’on va voir, ce qu’il a fait, c’qu’il a vu, les photos des années 60, celles des années 90, et puis les histoires de cul, les machins, j’sais pas quoi...
        Moi si j’fais ça, j’suis mort, sur mon site y’a plus personne ! Y’a un moment où ton site fonctionne bien parce que les mecs savent qu’à telle heure je serai là, et qu’à un moment il pourront me dire : « Alors, gros con, t’es là ? » pour voir si (rires) je les "batte", si j’les "kicke", si je fais quelque chose ; il viennent que pour ça les gens.
        Donc ça fonctionnera... le site de Canal Plus fonctionnera vraiment le jour où De Gref
sera dessus : là, oui, ça va marcher. Autrement c’est les 36 15. Les 36 15 qui marchaient, c’était "cul", point.

Et sur le web, ce qui fait le plus « rentrer la monaie », c’est la pornographie.

Ben oui, l’mec est de l’autre côté, c’est toi et moi, toi t’es Jacqueline, moi c’est Catherine, et on est là : « Ouais, euh... j’me touche les seins » ; la ça marche mais pourquoi ? Pas parce qu’il y a simplement des photos mortes, parce qu’à un moment les mecs se disent « Peut-être que cette cochonne elle est là... ». Si c’est juste des photos, les mecs vont les consulter un peu, et puis quand ils ont vu cinquante fois une fille à poil à quatre pattes bon, c’est bon... Ils ont compris où était la tête, les pieds (il montre sa gauche, puis sa droite...)...
        Donc je pense que le net marchera vraiment quand les gens n’auront plus besoin de mentir, le jour où les mecs auront intégré cette dimension de contact, d’échange, de machin., et caetera. Je ne sais pas si je suis encore dans la question...

Si, si...

Et le net aujourd’hui, c’est très peu de gens chez nous, les gens comprennent pas comment ça marche, même les soi-disant super-techniques qui sont toujours là et qui savent plein de choses... Je le vois : le site existe depuis 97, il y avait celui de David Tertre qui a donné vraiment la pêche à ce qu’on fait - David qui est un gars qui est au Mans, qui webmaster et qui fait un site qui s’appelle « quoimagueule.com ». Un mec comme David passe sa vie sur le net... j’suis en train de m’gourrer dans la réponse parce que ça évoque plein de trucs dans ma tête - lui est un homme qui comprend les trucs, mais les autres continuent à me demander : « Mais alors, comment on fait pour écouter sur Real Audio ? L’adresse c’est où ? » alors que sur le site y’a tout.
        Donc il n’y a pas de véritable compréhension de tous ces gens...

J’ai l’impression que beaucoup abordent le web comme une télé : il faut juste allumer et ça marche...

Voilà. Et quand on a monté notre site avec Club-Internet, avec Grolier, on a fait un très joli site :  il avait été fait par des graphistes... Mais on s’est rendu compte à un moment qu’on avait un beau truc... figé. Parce que, d’abord on a pas de temps, il fallait certaines connaissances techniques... Et à côté de ça, y’avait cet auditeur David Tertre qui lui avait monté un site « Maurice - le club » machin, truc... et le mec, sur son site y’avait dix fois plus de choses actuelles, ça bougeait... On s’est rendu compte qu’il était ridicule d’avoir nous le site officiel, un portail en pierre, et l’autre de l’autre côté qui s’agitait, qui avait les denières photos, les derniers jingles...
        Alors un beau jour, j’lai contacté et j’lui ai dit : « Voilà, on te propose la fusion des deux, pour que tu puisse faire vivre ça ; donc nous, on va t’apporter des éléments, ceux que tu n’as pas. », et puis bon, depuis le site, il a une autre gueule, quoi. Ça bouge, c’est plein de trucs... on a fait jouer un mec le soir, deux heures après qu’il a joué, y’a les extraits, les photos, enfin bon... Et c’est grâce à David.
        Le net, c’est ça : ça n’sert à rien de dépenser des milliards de francs dans un super-truc en animations Flash, si derrière y’a pas un David Tertre, un mec qui a la pêche, qui connaît bien le truc, qui est capable d’apporter la dernière technique, qui connaît les tendances du momment... Moi, j’suis sur le net depuis très longtemps, mais je suis incapable de dire quels sont les points stratégiques du net, où est-ce qu’il faut regarder, où savoir ce qu’il faut faire en ce moment...
        Voilà ; mais on est au balbutiement du net. Pas avant quatre ou cinq ans. Donc ça ne sert pas à grand chose de monter une télé sur le net aujourd’hui. Parce que personne ne la regarde. Même ceux qui passent à la télé sur le net ne vont pas se regarder. J’ai un grand ami qui était interviewé sur Canal Web, je suis tombé sur lui par hasard, j’ai regardé un p’tit bout - j’ai pas regardé en entier - et ensuite je l’ai eu au téléphone et j’lui ai dit : « Ouais, alors tu m’avais pas dit... », il me dit : « Ah, ouais, j’avais oublié... ». S’il était passé à la téloche, quinze secondes (il fait comme s’il allumait une télé)...
        Moi, je crois beaucoup au mail, aux "messengers" ; j’aime beaucoup ça. T’as tous tes potes qui sont là, clac! y’en a un qui se met en ligne, t’es en train de bosser, le mec te dit : « Alors, vieux cochon... », tu racontes deux conneries, « Laisse-moi tranquille » (rires) : ça ouais, c’est génial. C’est pas encore assez développé...

Et justement, qu’est-ce que ce genre de technologies a apporté à ton émission ?

J’ai presqu’envie de dire que le net... (en me montrant mon magnéto qui vient de faire un clic) il s’est arrêté ton truc...

(Après vérification) Non, non, c’est bon, il a changé de face.

J’ai presqu’envie de dire que le net a plus de raisons d’être sur un système comme le notre ; personne - en dehors des étrangers ou des Français à l’étranger, les expatriés - n’a intérêt à aller écouter RTL sur le net ; personne n’a intérêt à écouter NRJ sur le net ; personne. Personne n’a intérêt à aller écouter Radio Vison-la-Romaine sur le net. Par contre, on s’est aperçu que le net nous permettait d’approcher des auditeurs qui cherchaient à écouter l’émission. L’émission à Paris c’était 27 % de parts de marché, chiffre colossal ; y’a plein de gens qui ont envie d’écouter, ceux là vont aller écouter sur le net, parce qu’il n’y a pas d’autre moyen. Moi si j’ai France Info sur le net et France Info en FM, euh... L’ordinateur ça fait « vvvoouuuhhh », ça fait un bordel immonde : je vais écouter France Info à la radio ; NRJ ou Europe 2 de la même manière.
        Par contre, Maurice R@dio Libre, c’est le net ou rien parfois. Le net, le satellite ou rien. Donc, soit je m’équipe - c’est-à-dire que je dépense un peu de fric pour installer ma parabole pour écouter une émission de radio - bon... c’est un truc qu’on voit beaucoup à Paris, parce qu’à Paris les gens ont l’habitude de dépenser de l’argent ; à Paris, quand on veut garer sa bagnole, faut payer, c’est comme ça, c’est tout le monde. Pour les taxis, les métros, j’ai envie de bouger de chez moi, il faut que je dépense de l’argent. Quand on habite à Lyon, même si c’est une grosse ville, ben on peut vivre à Lyon en passant une journée sans dépenser un flesh. Donc la mentalité du Parisien est différente, le Parisien dira : « Ouais, j’ai vachement envie d’écouter c’t’émission, je dépense mes 45 balles par mois pour écouter l’émission ».
         Ça n’existera pas à Toulouse, le mec fera jamais ça, jamais ? Personne ne prendra le satellite pour écouter mon émission. Le mec de Nice ne s’abonnera pas nonplus au satellite ou au câble pour écouter Maurice R@dio Libre ; par contre, il peut, un jeudi alors qu’il traîne encore au boulot, se dire « Ben, tiens, voyons un peu », si c’est pas trop compliqué, si ça marche bien... « J’vais écouterle mec un petit quart d’heure avant de me casser .»
        Donc là, le net est important, parce que... c’est scandaleux c’que j’vais dire, mais ça, ça peut lui donner envie d’écouter l’émission. Parce que je pense que pour avoir envie d’écouter l’émission, il faut qu’on l’entende, il ne suffit pas que je montre ma gueule dans une pub pour que les gens aient envie d’écouter l’émission. Il faut qu’ils entendent un p’tit bout, parce que tout repose non pas sur moi, mais sur les auditeurs, sur les gens sur ce qui se dit dans l’émission. Donc le fait d’écouter un soir, un jeudi soir au boulot, peut donner envie au mec de réessayer chez lui.
        Ça ne le poussera pas si c’est un provincial à s’abonner au sat’, par contre, si c’estg un Parisien, ça peut. Le mec peut se dire à un moment : « Ah ouais, c’tait bien, c’t’émission ; puis bon, j’aurai des chaînes de téloche avec... Allez, je l’prend. ».

Je ne sais plus où j’ai entendu quelqu’un dire : « Maurice, c’est le Howard Stern français » ; qu’est-ce que tu penses de cette comparaison ?

C’est rigolo, parce que les gens ne connaissent pas Howard Stern. Même s’il fait son petit passage sur Paris Première, les gens ne savent pas qui est Howard Stern, ni ce qu’il dit. Ils ne comprennent pas ce qu’il dit. Donc, là par exemple, c’est comme si on demandait à un Américain de comprendre ce que je dis moi ; quand je fais des allusions aux grèves de la SNCF, le mec qui est à New-York, quand je parle, ne comprend pas ce que je raconte. Il peut comprendre le Français, il peut m’entendre dire : « Ah, les mouvements sociaux, ces grandes galères, ces marches, ces kilomètres à pied... » ; ça ne peut vouloir dire quelque chose que pour les Français, parce qu’ils ont entendu : « Les Français sont en galère, ils marchent... », donc j’ai pas besoin de dire "SNCF". Howard Stern fait la même chose, sauf que c’est un mec qui est plus politique, donc il pique les politiciens de chez lui, et nous ne pouvons pas comprendre ce qu’il raconte. On peut comprendre l’Anglais... enfin l’Anglais façon New-York ; c’est un peu le Français de Perpignan (rires). On peut comprendre de façon très scolaire ce qu’il raconte, mais on ne peut pas saisir toute la quintessence de sa diatribe.
        L’émission que je fais et mon comportement à l’antenne sont radicalement différents de tout ce qu’on peut entendre à la radio chez nous, c’est vrai. À ce moment-là, ouais d’accord, je suis le Howard Stern français. Il n’y a aucun point commun : j’ai été dans l’émission d’Howard Stern notamment à ses débuts sur K Rock à New-York, en 90-91... j’suis allé à deux reprises, je me suis assis à la table, je m’suis fait cartonner la tête, ce qui était logique, parce qu’il aime as les Français en plus de ça. C’est son show, il détruit, c’qui est logique, j’étais gentil comme un cœur... En plus je maîtrise pas suffisamment  l’anglais de la rue du moment à New-York pour pouvoir répondre au mec un truc qui tue ; et ensuite je sais qu’il faut jamais dans notre métier aller chez l’autre - parce que c’est lui qui a les manettes - pour...  (rires) ... parce qu’il a tout ce qu’il faut ! Il a les menottes et les bâtons.
        C’est une émission géniale, mais c’est une émission américaine, qui ne peut pas fonctionner chez nous ; comme l’émission que je fais ne peut pas fonctionner aux États-Unis. J’ai fait l’émission pendant quinze jours à Montréal, il a fallut l’adapter, il a fallut que je passe des heures avec les mecs, les Québecois, que j’leur donne un peu les infos qu’j’avais moi prises dans les canards, et caetera. Alors j’leur ai dit : « C’est qui ce mec-là, qu’est-ce qu’il a fait, qu’est-ce qui a derrière, qu’est-ce que ça veux dire, qu’est-ce que disent les autres... », il a fallut bosser comme un malade pour essayer de faire un truc qui soit un peu compréhensible pour les mecs là-bas, parce que je n’ai pas leur culture ; puisque de toute façon ces émissions-là sont des émissions ancrées dans la culture du pays. C’est pour ça qu’Howard Stern n’a pas marché au Canada, parce qu’il était aux États-Unis, à New-York, et il envoyait au Québec : quand y’a un incendie sur Lexington Avenue, et quand t’es à trois rivières tu peux pas comprendre ce que le mec raconte.
        Donc, c’est ce qui fait pour moi qu’il est difficile de comparer - en dehors du côté différent : c’est-à-dire Stern est différent des autres animateurs traditionnels américains, et moi je suis différent des animateurs français. Mais bon, en France, j’ai un avantage : c’est qu’il n’y a pas d’animateurs-radio, il n’y en pas. Y’a Difool, y’a Max, y’a euh... qui ? Les autres, c’est des animateurs de télévision qui s’asseillent et qui parlent : y’avait Arthur, mais plus vraiment aujourd’hui, euh... bon. Y’a pas d’animateur donc c’est facile d’être différent, les autre c’est : «  Ouais, il fait beau, c’est génial, alors machin il est là-bas dans le fond de la pièce, il est en train de se déshabiller, hou-hou-hou!! Hi-hi-hi!! » et paf! on envoie un skeud. Bon, c’est pas des animateurs radio, ce sont des présences, des gens qui font des choses qui sont méritoires... que je ne saurais pas faire.

La comparaison vient peut-être du fait que les gens s’attachent plus à la forme...

Ouais, mais enfin, les gens chez nous ne connaissent pas Howard Stern ; on leur a dit « Howard Stern - Howard Stern - Howard Stern », mais ils ne savent pas qui c’est... C’est Bouvard à Washington. Bien sûr, les mecs à la radio, ils ont entendu parler de Bouvard ; j’ai lu un article dans un canard amerloque où il font référence à ce que je fais, mais même eux ils ne savent pas qui je suis...
        Bon, il l’on fait parce que je suis dans le "Who’s who" depuis peu de temps, et qu’à un moment le journaliste, il a dû se dire « Je vais faire le mec international », mais il sait pas c’que j’fais (rires) ou c’que j’raconte...

Tu dis que lorsque tu es amené à "brutaliser" entre guillemets l’auditeur, c’est une manière de l’éduquer...

J’ai  jamais dit ça...

J’ai mon papelard !

Éduquer ? Non, parce que j’suis pas éducateur moi...

Attends, je le cherche...

Il me tarde de le lire. Méfie-toi de ce que les autres écrivent...

Oui, de toute manière ; mais l’interview dans laquelle j’ai lu ça est sur ton site...

D’accord, mais je ne connais pas tout ce qu’il y a sur mon site. Si j’ai dit ça, c’est sans doute que j’étais sous l’emprise de l’alcool, mais bon...

C’est peut-être aussi une mauvaise retranscription...

Oh, comme le journaliste du Figaro m’a fait cartonner Difool...

Excuse-moi...

Non, non, mais prends ton temps.
(Après un moment de silence et l’offre d’un café acceptée avec plaisir) Non, la première des choses, c’est que je considère que la radio, c’est pas un truc important ; on est dans le loisir. S’il m’arrive d’être vert avec les gens, c’est que le principe de l’émission est appuyé sur la rencontre avec quelqu’un : et ce quelqu’un, en l’occurence, c’est moi.
        Je... Soit je fais joli, et à ce moment-là les mecs qui écoutent écouteront pas, parce que l’émission n’est plus suffisamment grand public ; y’a mieux, dans les mecs qui disent des trucs jolis, y’a mieux, y’a plus facile, le mec il aborde jamais les sujets qui font peur... Celui qui vient chez moi, il tombe sur moi, s’il dit une connerie je lui dois la franchise. Si c’est con... Hier soir j’ai eu un mec qui disait des conneries sur les juifs qui... « Oui, il n’y a pas de petits agriculteurs chez les juifs, y’a que des bijoutiers, des trucs », j’suis obligé de dire au mec : « T’es con, c’est dément, quoi, d’être aussi con que ça... ; surtout que les juifs, il faut aller en Israël, si tu as l’occasion d’y aller, vas voir : tu verras que justement que leur grande force c’est justement l’irrigation. Tu passes quand tu fais Haïfa - Jérusalem d’un désert à d’un coup un truc tout vert, justement grâce à l’irrigation. Donc tu vois, y’a des agriculteurs là-bas, comment on peut être con au point d’imaginer qu’il y a des endroits dans le monde où y’a des gens qui ne sont pas agriculteurs ? Dans tous les pays du monde, y’a des mecs qui sont agriculteurs. Y’a des pays où effectivement il n’y a pas d’ingénieurs aéronautiques, parce que les mecs y peuvent pas. Mais l’agriculture, les petits boulots... Y’a des pays où il n’y a pas de bijoutiers, mais y’a pas de pays où y’a pas d’agriculteurs. » Donc là effectivement, j’vais tomber sur le mec et lui dire que c’est une connerie, que c’est dément ; comment on a pu arriver - c’était un mec de 40 balais - « Comment t’as réussi à vivre 40 balais en étant aussi con ? C’est fabuleux, t’es une performance ! On devrait te remettre une médaille ! ».
        Donc, la personne qui vient là sait qu’elle va tomber sur moi. Si cette personne dit quelque chose qui me paraît faux, ma caractéristique principale, c’est pas de lui dire : « Oui, mais non, c’est pas bien ce que tu dis », c’est de lui dire ce que je pense. Comme je le dis quelque soit cette personne, que ce soit Dominique Voynet ou que ce soit Dugenou... C’est un principe de fonctionnement, et c’est ce qui fait la première caractéristique de l’émission ; je ne suis pas consensuel, et malheureusement pas non plus diplomate, je sais pas faire.
        Je n’ai pas le sentiment de détenir la vérité, mais j’ai ma propre interprétation des faits, et je n’essaie pas de faire comme si j’étais totalement neutre, très froid, sans passion... Quand je dis qu’il fait froid, c’est que pour moi il fait froid, ça ne veut pas dire qu’il fasse froid. Mais, j’m’en fout, si y’a cinq mille mecs qui viennent me dire : « Mais non, t’es malade, c’est pas vrai, il fait pas froid parce qu’il fait 20 degrés », c’est ce que eux pensent. Pour moi il fait froid.
        C’est à moi que l’on parle ; alors est-ce que c’est bien de euh... j’sais pa quoi... de donner le RMI ? Est-ce que c’est bien - sous-entendu POUR TOI - donc je vais répondre selon mes propres convictions. Puisque je ne serai jamais... j’trouve pas le terme, euh... Comment on dit... "sans ton interprétation"...

Oui : objectif.

Objectif, voilà. Parce que pour moi l’objectivité existe pas, chacun d’entre nous voit les choses à travers son vécu, son éducation, son système de pensée... donc j’pourrai pas être objectif, tout ce que je dis passe par ce que je pense.
        Alors j’suis comme tout le monde, j’ai des trucs que je considère bien et des trucs que je considère mal. À moins d’arriver à me convaincre : ça m’est arrivé y’a plus longtemps sur une histoire de... total et de distribution d’essence... Y’avait une comparaison entre Total et France Telecom pour Mobicarte et j’ai dit à l’antenne : « Est-ce que le fait de vendre des cartes sans téléphones, c’est pas pousser les mecs à voler des téléphones ? ». Y’a un type qui a appelé en me disant : « Mais, si tu vas par là, on peut considérer que Total pousse les gens à voler des voitures puisque qu’ils vendent de l’essence sans voiture » ; là-dessus, j’suis obligé de dire que c’est bien vu, d’accord.
        Mais ça, sur 200 000 conversations, ça m’est arrivé 500 fois... C’est pas beaucoup, parce qu’en général  les gens ne font que répéter ce qu’ils ont entendu à la télé. Dans certains cas, tu tombes sur le mec qui est réveillé, ça surprend.
        Mais pour moi, c’est pas grave, parce que ce que les gens considèrent comme incontournable, c’est : « J’ai raison » ; moi, j’ai mes convictions, je suis prêt à être... puisque l’important pour moi, c’est de rentrer les éléments, dans ma vie de tous les jours... Je ne demande qu’à être convaincu, mais pas par principe : j’ai envie que celui qui est en face apporte des arguments, parce qu’avoir raison en soi, ça ne veut rien dire, puiqu’avoir raison, c’est être en accord avec ce que l’on entend...

C’est ce qui fait la réussite de l’émission en définitive.

Ben c’est ce qui fait que les gens viennent. Si demain t’as envie d’echanger, sur ta bagnole, sur ta nénette, sur ton ancien tapis... tu peux faire ça dans l’émission, sans prendre vraiment de risque. Enfin tu peux essayer : et si jamais le mec te dit d’aller te faire foutre, tu raccroches.
        On donne la parole à tout le monde, sur n’importe quel sujet : cette espèce d’ouverture te permet d’entendre des jeunes, des vieux, des mômes...

Tu parles de tapis, moi ça me fais penser à Tapie, Bernard Tapie ; qu’est-ce que tu as pensé de sa prestation musicale avec Doc Gynéco ?

Euh... Tapie... il s’est raté, j’pense. J’aimais bien moi Tapie, dans les années qui arrachent. Ce mec-là, c’était super légitime ce qu’il faisait, même si dans la réalité, il a pris l’argent. C’était un mec qui faisait rêver, c’est ce que les Amerloques savent faire.
        Tapie aurait pu être un super exemple pour les gens, pour les jeunes en particulier : Tapie c’était : « Moi, j’ai des idées, j’suis différent, je réussis grâce à mes idées, et je suis pété de tunes ». Il pouvait motiver plein de gens, motiver les gens à monter des boîtes, à se bouger... « Toi aussi si tu te casses le cul, tu pourras avoir le bâteau de 100 mètres de long... ».
        Il a pas compris ce qu’il était, Tapie. Il a pas compris qu’il était un moteur, un vrai moteur. Parce que chez nous y’a pas ça : on explique pas comment tous les mecs pétés de tunes chez nous sont arrivés là... On ne regarde que le résultat ; on ne sait pas faire rêver les gens chez nous !
        Donc Tapie, il a raté son coup, il a pas convaincu. Tapie ne fonctionne qu’en corrélation avec le personnage Tapie, le mec qui réussit ; c’est pour ça que ça n’a pas fonctionné à la radio... Voilà ce que je pense et je trouve que c’est dommage.
        Enfin voilà. Est-ce que j’ai répondu à l’essentiel de tes questions ?

Absolument, d’ailleurs je n’en ai plus... Merci à toi, c’était prévu pour durer une trentaine de minutes (l’entretien aura duré deux bonnes heures, avec quelques digressions)...

Avec plaisir. J’vais enchaîner... (après une photo et une poignée de main, Maurice retourne à ses occupations, me confiant à Nathalie...).

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Semaine du Lundi 04.02.2002

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