ACCUEIL RECHERCHE JEUX-CONCOURS CONCERTS FORUM CONTACT
Recherche
  Recherche rapide
 
Archives de A à Z
Recherche Avancée...
Catégories
  Variété Internationale Variété/Chanson Française Jazz/Blues/Country Rock/Metal
Groove/Funk
Pop/Disco
Electro/TripHop Techno/Dance HipHop/Ragga/Reggae Soul/R’n’B
Latin/Afro-cubain Traditionnel/Gospel World/Fusion Classique/Contemporain Film/Bande Son Compilation/Multi‑Genre Inclassables...
Communiquer !
 
Inscription à la Newsletter
 
Désinscription
Annonces Concerts
Petites Annonces
Forum
Amb France
  Aide
Contact
Webmaster
Liens
  Artistes
Labels
Radios Online
Resources Musiciens
Sites mp3
Structures
Studios
Webzines
Ajouter un site
Ajouter un studio
Partenaires
  COLUMBIA
EMI
EPIC
F COM
LABELS
NAIVE
PIAS
WAGRAM
WARNER JAZZ
WEA
...
Publicité/Promo
  Devenir Annonceur Opérations Promotionnelles

Aston Villa

Interview : Aston Villa

C'est dans un café du 9ème arrondissement que je rencontre Djib et Fred, respectivement bassiste et chanteur du groupe Aston Villa. Je suis accompagné par Jean-Marc et Damien, qui ne se priveront pas de poser des questions. Aston Villa a déjà 15 ans d'existence, deux albums studio et un live acoustique à son actif, mais vient à peine d'être découvert par le grand public. Ils étaient nominés deux fois lors de la dernière édition des Victoires de la Musique, et ils ont remporté la Victoire du Groupe Découverte de l'Année. C'est parti pour une interview sans concessions, en exclusivité....

... Présentation du groupe ...


Patrice B. : Le groupe "Aston Villa" existe depuis quand ?

Djib : Aston Villa démarre il y a assez longtemps, il y a une quinzaine d'années, par un chanteur, Fred, et un guitariste qui n'est plus dans le groupe : Hocine. Il a participé aux deux premiers albums. En fait, il composait avec Fred. Et lorsque j'ai rencontré Fred et Hocine, ils avaient déjà des chansons comme "Message terminé", "Si les anges", "Retrouver l'humeur"... Des chansons qui sont sur le premier album. Je suis arrivé, et j'ai cherché l'accompagnement de la basse.

Te souviens-tu des premiers concerts du groupe ?

Les premiers concerts d'Aston Villa, c'est les Transmusicales en 1994 (à Rennes). Avant, il y a avait juste eu une première partie des Silencers au début de l'année 94. Suite à cette première partie, on est rentrés en contact avec BMG.

Qui compose le groupe ?

La formation de l'équipe telle qu'elle est aujourd'hui date de trois ans. Avant on avait deux guitaristes. Le frère du batteur a remplacé Franck à la guitare, ensuite Hocine est parti. On se retrouve donc à quatre : basse, batterie, guitare, chant; plus un percussionniste sur scène. Mais "l'artiste" Aston Villa sur les contrats et les compositions, ce sont quatre musiciens. Il y a les deux frères Müller à la batterie (Laurent) et à la guitare (Nicolas); moi c'est Jean-Baptiste Mori, on m'appelle "Djib"; et le chanteur Frédéric Franchitti. Nos premiers concerts datent de 94, avant on s'appelait "Automatic". Et c'est en 94 qu'on prend le nom d'Aston Villa. Au début on pensait que c'était pas possible car le nom devait être pris par le club de foot anglais, on pensait qu'on allait pas avoir le droit de l'utiliser. Et en fait non. Ils ont réservé leur nom en Angleterre, alors on s'est dit, "Aston Villa" en France, ça sera autre chose que du foot, ça sera du rock.

Le nom du groupe est donc directement inspiré du club de foot ?

En fait, l'anecdote c'est qu'avec Fred, on sentait qu'Automatic c'était un nom un peu froid. Ca donnait l'impression qu'on était du Dépêche Mode, ou un truc très machine. On voulait donc un nom un peu plus chaud. Et j'ai dit un jour à Fred, en se promenant dans la rue : " tu vois le nom Aston Villa, il irait bien avec la musique qu'on fait. Mais c'est un club de foot, on peux pas le prendre. Il faudrait trouver un truc qui se rapproche phonétiquement". Donc on a cherché la "stone villa". On a cherché à ruser autour d'Aston Villa. Mais en fait, "Aston Villa", c'est la symétrie parfaite : un "a" au début, un "a" à la fin. Et maintenant, il y a plein de gens qui nous parle de foot.

Le club de foot Aston Villa, en Angleterre, nous a invité à venir voir un match et faire un concert là-bas. On a eu l'occasion de croiser Ginola, boire une bière, faire un concert. C'est un super souvenir. Faire un concert un peu différent, en voyant un match de foot, plein de télés, c'était sympa. Mais maintenant, pour avoir le disque en vente là-bas, c'est très compliqué. Il faut rentrer dans les radios, être en playlist. Mais on a eu toutes les télés, toutes les radios. C'était anecdotique : un groupe français s'appelle Aston Villa, ils viennent jouer en Angleterre... En fait, là-bas, aucun média se grille avec un club de foot. Donc le club de foot nous a dit : "qu'est-ce que vous voulez ?", on a dit :"le maximum de promo !". Et on a donc eu un maximum de promo. On a eu huit équipes de télé qui faisaient la queue pour nous filmer au stade. On a fait BBC 1, BBC 2, Sky TV... On a tout fait. Aucun média refuse quoique ce soit à un club de foot, ils ont toujours besoin des images, des interviews. Même le club voulait nous faire jouer dans une salle de trois à quatre mille places, mais on leur a dit que ça aurait été trop pistonné, et qu'on préférait faire un petit club de 3 ou 400 personnes, un premier concert. Après on s'est attaché à essayer de faire avancer le truc en France. Ca sert pas à grand chose d'aller s'énerver en Angleterre, tant qu'on n'est pas plus avancé que ça en France.

Grâce à ce concert, le groupe à eu des contacts en distribution et / ou en production là-bas ?

Que de la promo, mais de la promo anecdotique. C'est-à-dire que pendant deux jours en Angleterre, ils ont tous entendu parlé de nous. Ginola nous a attrapé en disant : "ouais, je vous ai vu à la télé hier. Vous avez vraiment un accent anglais pourri. Venez boire un coup". Ils nous avaient tous vu à la télé. Les journaux anglais ont tous deux ou trois minutes de foot tous les jours. Donc là, ça donnait l'occasion à tous les journalistes sportifs de parler d'autre chose que de foot, de dévier un peu sur la musique, ça leur a fait plaisir.

Quelles sont les influences d'Aston Villa ?

Elles sont assez diverses en fonction des membres du groupe. Disons que les terrains communs, ce serait Radiohead, Nirvana, même Prince... à l'époque où il faisait des trucs de qualité. On ne suit plus trop ce qu'il fait maintenant. Dans les trucs français, ça serait Bashung. On est tous d'accord qu'il a des beaux textes. En ce qui concerne les groupes, je pense qu'on a tous écouté Téléphone. Sinon, on a chacun notre jardin particulier. Le batteur, c'est plutôt musique d'Amérique du Sud. Il travaille rythmiquement beaucoup avec un percussionniste. Le guitariste est branché plus jazz. Moi j'ai un côté plus baston, hardcore : Red Hot, Urban Dance Squad, Fishbone, et tous les trucs fusion... Je ne sais pas sur quoi on tomberait tous d'accord sur les trucs actuels ... Radiohead. Ca me paraît être le groupe où on est tous d'accord pour dire que ça tue.
En fait, il en a plein suivant les époques. Quand on faisait le premier album, c'était Nirvana, Pearl Jam. Le deuxième, on étaient plus baignés dans un trip un peu machines, Nine Inch Nails. Et en même temps, à chaque fois, on ne perd pas de vue que c'est des groupes américains, qu'on ne cherche pas à imiter non plus. On reste en France, en français... Rien que le fait d'écrire les textes en français, ça t'aide à rester à ta place, en fait.

... Les Victoires de la musique ...

Avant de remporter une victoire, qu'est-ce que le groupe et votre manager, Sébastien Zamora, pensiez-vous de la cérémonie des Victoires de la Musique ?

C'est assez rigolo, en fait. On ne s'attendait vraiment pas à être nominés. Tu nous aurais dit, il y a un an, après avoir fait le live acoustique, "vous aurez une victoire de la musique", on aurait tous rigolé. Les nominations se font par les gens des maisons de disques. Comme on est dans un label (Naïve) où il y a même pas une centaine de personnes, on se disait qu'on avait aucune chance. On a appelé le label en janvier en demandant s'il était possible de se faire inviter à la cérémonie; juste montrer sa gueule, voir comment ça se passe. On nous a dit :"ouais, c'est compliqué, c'est pas sûr". Même pour incruster la soirée, pour y venir et jeter un œil, ça ne paraissait pas évident. Alors après, quand on a appris qu'on étaient nominés deux fois, on est tombé sur le cul ! Quand on a eu la victoire, on est tombé d'encore plus haut, sur le cul ! C'est vraiment une super surprise. Et le fait que ça soit le public qui nous la décerne, c'est encore plus touchant.

Depuis le premier album qui est sorti en 96, on est habitué à avoir la reconnaissance du milieu musical : les professionnels, les médias, les programmateurs de festival... Il y a plein de gens qui nous adore et qui nous disaient : "vivement que vous cartonniez, qu'on vous mette sur la grande scène des Eurockéennes (Belfort)...". On en avait un peu marre, on avait envie d'une reconnaissance du public. De savoir que le milieu nous aime bien, qu'il savent qu'on fait un truc de qualité, qu'on est un bon groupe; tu es touché au début, puis après tu dit : "bon quand est-ce que le public nous voit et nous apprécie ?" Donc là, c'est le début de cette reconnaissance du public, on n'a plus qu'à faire un bel album maintenant !

A la différence des autres catégories, c'est le public qui élisait le vainqueur de la catégorie "Artiste Interprète ou Groupe Découverte de l'année". C'est donc mieux que le vote des professionnels ?

En concert, on rempli des salles de 400, 500, 600 personnes maximum. Les ventes de disque n'ont jamais dépassé les 30 000 albums. Là, pour le live acoustique, entre les victoires et les passages radios, elles sont en train de franchir les 30 000 albums, mais ça reste un score d'artistes de jazz. Tu vois, le truc marginal. Donc d'avoir cette reconnaissance du public, c'est super encourageant. On se disait que nos fans n'allaient pas jouer le jeu de téléphoner à France 2 et de voter pour nous. C'est typiquement dans la suite de Loft Story et de la Star Academy, ils ne vont pas tomber dans le panneau et dépenser des tunes pour nous ! D'après les messages que j'avais sur mon téléphone, nos fans ont téléphoné quand ils ont vu la prestation des autres artistes qui étaient nominés. Quand ils ont vu la miss Lorie qui chantait comme une gamelle... La pauvre, elle est jeune. Nous on en avait déjà joué au Zénith (NDR : salle dans laquelle se déroulait la cérémonie des Victoires...) et à Bercy, en première partie de ZZ Top. C'est plus facile de se dire pour nous, on fait comme à un concert, on fait comme d'habitude. Il n'y a pas la pression de la télé. Pour elle ça doit être plus dur de se mettre dans le contexte d'un concert normal. Elle a 18 ou 19 ans, c'est forcément plus impressionnant, et ça s'est senti. Quand nos fans ont vu ça, ils se sont dit que ça aurait trop injuste qu'avec une prestation comme ça, elle gagne une victoire. Nos fans de partout ... J'avais des messages de fans de Vézoul, de Rodez qui étaient super contents, qui ont appelé plus de deux cent fois, qui ont fait des programmes sur leur ordinateur pour que le truc appelle en automatique ! J'étais vert, je me disais que notre public n'était pas du genre à téléphoner, puis finalement, si.

Fred, le chanteur, vient nous rejoindre ...

La catégorie "Artiste Interprète ou Groupe Découverte de l'année" était une catégorie fourre-tout, avec Lorie (pop) ou Matt (R'n'B) et Yann Tiersen (?) qui ont tous raté leur prestation. Visiblement, ça a joué en votre faveur ?

Djib : Nos fans ont appelé à partir de ce moment-là. Quand ils ont vu qu'on avait fait une bonne prestation et que les autres en avaient fait des moyennes... Ils auraient trouvé ça injuste qu'avec une bonne version comme on avait fait, on ne gagne pas. Yann Tiersen a fait un truc assez bizarre, tout seul, à l'alto. Nous c'est vrai qu'on a joué en premier, à 21h20. A 21h30, on étaient déjà au bar des loges, en train de boire des coups. On étaient libérés. Puis on senti qu'on avaient mis la barre assez haut, dès le début de m'émission. Ils n'avaient plus qu'à assurer derrière. C'était bien.

Fred : Encore une chance que les fans de Lorie soient couchés à cette heure-ci, et n'aient pas de portables ! (gros rires de tout le monde). Ca c'est mathématique.

Djib : Moi j'y croyais pas. J'me disais : "ils vont recompter les appels, il y a un contrôle anti-dopage, ils vont nous enlever la victoire ! Ils vont nous niquer de quelque part, c'est pas possible". J'avais envie de demander à Delarue : "répétez-nous ceux qu'ont a battu".

Fred : C'est aussi le travail de fond de 500 concerts, qui fait que 1 + 1 + 1, à un moment ils se sont tous dit : "on va appeler ce soir-là". Et puis, ils ont fait appeler tous les potes, tous ceux qui connaissaient pas Aston Villa et qui nous ont découvert peut-être ce soir-là. Ils avaient entendu le nom ou entendu "Raisonne" à la radio, mais ne s'étaient jamais déplacés en concert. Ca leur a permis de vérifier sur place que les seuls qui n'avaient pas d'oreillettes chantaient le plus juste !

Quelques personnes qui ne regardent jamais les Victoires ont regardé parce qu'il y avait Aston Villa ...

Fred : Oui, peut-être. Mais bon, il y avait Noir Désir...

Djib : On ne pensait pas que Noir Désir viendrait à l'émission.

C'était inhabituel, ça a suscité la curiosité ?

Fred : Bien sûr.

Djib : Il y avait des gens qui se disaient : "cette année il y a quelques groupes de rock. Il y a Noir Désir qui vient, Aston Villa". Il devait y avoir Miossec et Manu Chao. Je pensais que les gens allaient regarder en ce disant : "ouais, les Victoires, ça va être bien, il va y avoir du live, du rock"; mais pas qu'ils allaient faire la démarche de téléphoner. Comme disait Fred, c'est vraiment boule de neige de nos concerts. J'avais des messages de fans de la France entière. Effectivement, dans ces bleds-là, il y 10 personnes qui sont des gros fans, qui ont demandé à leur 10 copains de téléphoner et de voter pour nous. Une fois qu'on avaient fait une bonne version, ils étaient tous d'accord pour appeler et nous soutenir. Voilà, ça l'a emporté comme ça. Plus une série d'inconnus qui nous ont découvert ce soir-là, et qui ont dû téléphoner aussi. Je me disais que le téléphone c'était un traquenard...

Fred : Va y avoir des magouilles... Ca va être trafiqué, il y a plein d'exemples. Donc en plus, la seule victoire où c'est le public qui décide. On s'en souvenait plus, pour nous s'était improbable.

Djib : On pensait avoir l'autre. La première fois où on est nominé pour la révélation scénique, c'est Le peuple de l'herbe (Supadope Records / Pias) qui la ramasse. On pensait l'avoir. On se disait que la scène c'était notre élément. On est habitué à la reconnaissance du milieu... Puis du coup, on se dit que l'autre on l'aura jamais, c'est même pas la peine d'y penser. Du coup, Fred retourne au bar.

Fred : Oui, je me lève. Sinclair, Isabelle Boulay, c'est pas trop ma tasse de thé. Donc là, je décroche. Ca fait une heure qu'on est assis dans les gradins. Y a des potes qui nous attendent dans les loges, autant aller faire les cons là-bas. J'étais dégoûté.

Djib : Il y a des grands écrans dans les loges. Donc à un moment, Fred est en train de boire un coup. Il voit que ses copains sont appelés sur scène... Que donc on a dû l'avoir cette victoire, finalement...

Fred : Ouais, je regardais la télé dans les loges en fait. Je les ai vu s'enlacer, et j'ai couru.

Sur le plan professionnel, qu'est-ce que ça vous apporte d'avoir gagné une Victoire ?

Djib : Ca fait vendre doucement. On vendait 500 par semaine, puis là, on vend entre 800 et 1000. Ca fait vendre presque deux fois plus. Mais c'est du live acoustique, c'est pas un album nouveau. C'est des titres qui étaient sur le premier album.

Fred : Ca fait que les festivals t'appellent. Les Eurockéennes, c'est sur la grande scène avec Noir Désir. Ca ouvre des portes...

Djib : Marc-Olivier Faugiel nous a demandé vendredi dernier (NDR : Pendant que Djib continue de répondre, je demande à Fred si Ardisson les a demandé samedi... Il me répond qu'il n'a pas voulu (rires).) Ca a aussi influé sur le prix des concerts, ça aide à nous vendre.

Fred : Le gros gros truc va commencer sérieusement.

Djib : Ca prépare surtout un bon terrain pour le prochain album. On sait que l'album est attendu, et qu'il faut le faire bien.

Est-ce qu'après cette victoire, vous avez été contacté par des majors ?

Fred : Non, on est bien

Djib : T'aurais voulu quoi ?

Fred : Non, mais par contre, il parait que Noir Désir est en train de quitter Universal (NDR : ils sont signés sous le label Barclay). Il paraît, il y a des rumeurs. Et j'ai vu que Karl Zéro les a invité à venir chez Naïve (NDR : Pour ceux qui l'ignorent, Karl Zéro, l'animateur de Canal +, a sorti il y a quelques temps, un album de cha-cha). Ils pourraient être plus libres, et plus en phase avec leur discours. Nous on les invite aussi à venir chez Naïve, car il n'y a que des gens passionnés par la musique, avant tout. Bien sûr qu'il y a du business, c'est normal. Mais c'est des gens, avant tout, passionnées par la musique. Puis le mec qui dirige cette boite (NDR : Patrick Zelnik) a largement prouvé depuis les débuts sa compétence. Il a signé Daho quand personne n'en voulait, les Rita Mitsouko, Téléphone, quand même. Et qui un jour avait dealé dans son contrat que le jour où Virgin (parce qu'il était patron de Virgin) serait racheté par une grosse major (NDR : EMI en l'occurrence), il abandonnerait ses parts, c'est ce qu'il a fait. Je trouve que lui est en phase avec un vrai discours.

Djib : Il n'y a aucun artiste fabriqué chez Naïve. Il n'y a jamais de produit, ni de chef de produit. C'est des directeurs artistiques, que des artistes. Alors que tous les artistes ne sont pas tous faciles à promouvoir. On nous passe des disques, c'est des trucs de World Music, de musique du Maghreb, de musique tzigane, ou de rap-ragga (Lord Kossity). Il y a plein de trucs qui sont en marge. Et comme il n'y a aucun artiste fabriqué, Naïve a aussi du mal à se vendre dans les hypermarchés. Il n'y a aucun single qui va se vendre à 3 millions dans les trois mois.

Le "combat", c'est qu'on est conscient qu'on est chez Naïve. Il faut deux, trois artistes fer de lance qui ouvrent le catalogue de Naïve à la grande distribution. Qui leur permettent de grossir, et de faire un peu plus ce qu'ils veulent. C'est très dur.

... Major vs Label Indépendant ...

Vous faites partie des artistes ayant été contraints de passer d'un major à un label indépendant. Vous avez donc effectué le chemin inverse à beaucoup de groupes ou interprètes. Quels ont été les principaux défauts de BMG ?

Fred : De ne pas être sur le terrain. De ne pas être en phase avec un travail de fond qui consiste à aider un artiste en développement. Il faut contacter toutes radios locales, tous les fanzines, toutes les petites associations qui fait que c'est par là que ça passe. Ca établit un bon fondement pour un groupe qui vient de la scène et qui n'a jamais rien fait auparavant. On n'avait pas fait de disques, mais on avait fait des concerts. Les gars de BMG étaient décalés permanent. Il n'y a aucune synchronisation. On arrive, en plus, à une époque où la maison de disques est en pleine restructuration. C'est la vague des boys-band (NDR : Souvenez-vous les p'tits gars épilés et maquillés : G-Squad). On n'a rien à faire là-dedans en fait. On étaient signés par un mec bien, Bertrand Lamblot, qui y croyait à mort, mais qui, au bout d'un moment, a perdu le contrôle. Ca lui a complètement échappé. C'est ce qu'il se passe dans les majors. Et puis si au bout de trois mois, dans une major, tu ne fais rien, au revoir ! C'est pas six mois, un an. Ca va très très vite.

Par contre, on a eu des gros moyens pour faire l'enregistrement de l'album. Nous on arrive, notre premier disque, ça leur a coûté 600 000 francs. Juste l'enregistrement. Ils ont fait un clip à 500 000 francs. C'est démesuré, c'est du n'importe quoi.

Djib : On est très vite arrivés à dépenser un budget de presque 2 millions de francs. Et en même temps, nous on étaient conscients qu'on étaient un groupe, on avaient signés pour trois albums chez eux. On leur disaient : "un groupe, c'est du long terme". Il ne fallait pas lâcher les petits médias (fanzines...) parce c'est eux qui vont nous aider à faire le bouche à oreille. On passait notre temps à se plaindre de ce décalage. On arrivaient dans une ville où on faisait un concert, il n'y avait pas une affiche. Toi t'arrives avec le bus pour faire un concert, tu veux juste voir, dans Rodez en l'occurrence, une cinquantaine d'affiches. T'appelles la maison de disques, et tu leur demandes :"pourquoi vous n'avez pas envoyé 50 affiches à Rodez, c'était super important ?" Et le mec te dit : "C'est pas prioritaire, nous on essaye de vous organiser un show case au Japon". Mais la priorité pour nous, c'était d'abord d'avoir les 50 affiches à Rodez quand on y joue. Et le show case au japon, tant mieux s'il y en a un, ça nous fera des vacances, mais c'est pas la priorité. C'était en permanence des décalages comme ça. Les mecs pensent à des stratégies interplanétaires, pour EUX, leur cv, leur carrière, pour pouvoir dire : "j'ai organisé un show case au Japon". Les 50 affiches, ça lui paraît secondaire... On avaient envie de les emmener dans le bus, de les attacher pendant trois jours, et de leur dire : "voilà comment c'est sur la route. On mange des sandwiches dans les stations services sur l'autoroute, et le soir, on veut des affiches dans la ville où on joue".

Fred : Ca te grille aussi. Si tu fais un concert où il y a 40 personnes, l'organisateur n'a plus envie de te reprendre. Si tu veux y retourner un an après, il se rappelle du gadin qu'il a pris.

Lire la suite...
Si vous souhaitez réagir à cet article, cliquez ici !

Semaine du Lundi 29.04.2002

Avertissement | Partenaires | Recrutement | Contact | Confidentialité des Données Personnelles
1999 - 2017 © Amb France Music - GROUP. IMAGES 2. Tous droits réservés