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Nice Jazz Festival : Tendances et évolutions…

Nice Jazz Festival : Tendances et évolutions…

Triomphe l'an passé avec un record de fréquentation pulvérisé, et une presse unanime pour saluer la qualité exceptionnelle de la programmation, le Nice Jazz Festival se place dorénavant dans le peloton de tête des festivals d'été en Europe. Un renouveau que l'on doit à sa nouvelle productrice, Viviane Sicnasi, qui a repris les rênes en 2001, et qui en assure, avec sa nouvelle équipe, la direction jusqu'en 2003.

Dans le cadre majestueux de jardins de Cimiez à Nice, le public a pu assister à plus de 120 heures de musique reparties sur les 3 scènes du site. Cette année la programmation a allié les nouvelles tendances du jazz (de l'electro-jazz au hip-hop-groovy- jazzy) au traditionnel (free jazz, blues …). Voici donc quelques moments choisis parmi cette folle semaine.

21 Juillet – Génération Gap (Le choc des générations…)


Tiziano Ferro : Manque d'assurance…

J'étais curieux de savoir ce que donnait un concert de Tiziano Ferro. Et bien, j'avais deviné juste… Encensé en France grâce à son single " Perdono ", élevé au rang de successeur de Ramazzotti, le petit Tiziano a beaucoup de progrès à faire !

En ouverture de ce deuxième soir de festival, sur la scène la plus prestigieuse (la scène "jardins"); Tiziano s'est agité pendant près de 50 minutes. A première vue, il est très timide et très inexpérimenté; à croire qu'il a peur du public ! A l'exception des traditionnels phrases bateau du style "merci" ou "la prochaine chanson s'appelle" (en français dans le texte), Tiziano ne communique pas avec le public. Il s'évertue à bouger, et à courir de long en large sur cette scène immense, mais on sent que c'est trop mécanique pour être sincère.

Musicalement, il y a très peu d'intérêt. Les morceaux rapides manquent de punch, et les slows sont ennuyeux. Rajoutons à cela que le jeune Tiziano n'a pas la voix suave et rauque d'Eros et vous aurez compris que Tiziano est peut être bon à la radio, mais pas en concert. Le seul moment intéressant est sans doute la reprise de la chanson " Falling ", d'Alicia Keys. Etonnant non ? Pas tant que ça lorsqu'on sait que Tiziano est un des seuls artistes italiens à avoir été influencé par la culture afro-américaine.

De plus, Tiziano est dans la situation critique du "nouveau chanteur". Le public ne connaît qu'une seule chanson de lui (c'est normal, il n'a sorti qu'un single), et est venu pour entendre cette chanson.

Une des explications à cette médiocre prestation pourrait être que Tiziano Ferro n'était, initialement, pas prévu au programme du festival. S'il a joué ce dimanche, c'est uniquement parce que Luciano Dalla, un de ses compatriotes, a annulé quelques jours auparavant. Il l'a donc remplacé pour respecter le "quota" de chanteurs italiens. Il est vrai qu'ici à Nice, l'Italie compte beaucoup. Comme Nice est une ville mitoyenne de la frontière italienne, beaucoup d'italiens font le déplacement. Il ne faut pas les décevoir…

La deuxième explication est que l'organisation du festival l'a programmé sur la scène la plus prestigieuse, la scène "jardins", en se basant sur le fait que son single, " Perdono " cartonne en radios. C'est peut-être un peu intimidant pour un jeune chanteur…

En conclusion : à qui la faute ? A Tiziano ? Je ne pense pas. Il est en train de découvrir que chanteur est un métier, et il se perfectionne. Il est en phase d'apprentissage, tout simplement. Par contre, que l'organisateur l'ait programmé pour vendre des billets à ceux qui ont apprécié le single à la radio est déjà beaucoup moins excusable …

St Germain : La victoire de l'electro-jazzy…

Après Tiziano Ferro, le public de la scène "jardins" a augmenté comme par enchantement. Quelle est donc la raison de cet engouement ? St Germain. C'est le nouveau chouchou à la mode électro-jazzy. Entouré d'un groupe groovy-jazzy comme il faut, il a littéralement mis le feu aux jardins de Cimiez. La pelouse était noire de monde, et au moins 70% du public de ce soir-là était venu pour lui. Carton plein.

Un des secrets de sa réussite ? L'aspect intemporel de sa musique. Le public était composé de jeunes qui étaient intéressé par l'aspect "electro-sampling"; de moins jeunes, heureux que l'acid-jazz se soit développé et revienne en force; et des gens entre deux âges, qui apprécient St Germain pour son jazz modernisé. Ah non, j'allais oublier la majorité du public : ceux qui viennent au hasard. Les vrais amateurs de jazz qui viennent tous les soirs, ignorant quelquefois la programmation, mais conscients qu'ils vont passer une bonne soirée, en mangeant des sandwiches à 7 euros (!). Mais je m'égare…

Qu'est-ce qui fait l'intérêt musical de St Germain ? Une rythmique groove, des cuivres, des harmonies jazzy, et de l'électro en pagaille; principalement des samples de voix et de flûte… Et croyez moi. Quand ça joue, ça ne fait pas semblant ! C'est du groove à l'état pur. Le public était en feu, chantant, tapant des mains, criant au besoin.

Car l'autre intérêt majeur, c'est le super groupe qui accompagne St Germain. Pour ceux qui l'ignorent, St Germain est un dj, planqué au fond de la scène, derrière une gigantesque table de mixage. Comme il ne sait pas, et ne veut pas dialoguer avec le public, le rôle en incombe donc à son saxophoniste, qui à lui seul, met l'ambiance. Et lorsque l'ambiance retombe, un solo du percussionniste fou réchauffe la foule, et c'est reparti …

Air : En route pour l'odyssée seventies …

Pour terminer cette soirée comme il se doit, l'organisation du festival a eu la brillante idée de faire venir le groupe Air. Ceux qui aiment les sons seventies ont été servis.

Au milieu des rhodes, synthés strings, ms20 et autres vocodeurs se débattaient les deux versaillais en folie : Jean-Benoît Dunckel (claviers) et Nicolas Godin (guitare, basse, claviers, harmonica) entourés par 3 musiciens (un batteur, un (troisième) clavier, et un bassiste-guitariste qui alternait les instruments avec Nicolas). Pendant presque une heure et demi, le public a voyagé au gré des ambiances. Les amateurs de Pink Floyd (Dark Side of the Moon) Jean-Michel Jarre et Kraftwerk étaient ravis. Du pur bonheur !

Air nous a donné à entendre des extraits de leur nouvel album, 10 000 Hz Legend, mais aussi des vieux morceaux datant de Moon Safari (" New star in the sky ", " Sexy Boy " et " Kelly watch the stars " en rappels), ainsi que leur méga-tube, extrait de la BO de Virgin Suicides : " Playground Love ".

Certes une (grande) partie du public s'est enfuie quand Jean-Benoît a commencé à moduler les filtres de son ms20 pour obtenir des sons à mi chemin entre le cri d'une mouette et le cri d'une buse… (NDLR : Pour ceux qui n'ont pas compris cette comparaison vaseuse, je précise que dans le public, on ne fumait pas que des cigarettes…); mais les amateurs du groupe sont restés. Ces derniers ont eu droit à une alternance entre des musiques ambient-lounge, aux atmosphères obsédantes, et des parties d'electro-pop-rock déjantées.

Dernier album: 10 000 Hz Legend (Source / Virgin)

22 Juillet : Electro-Techno-Trendy Jazz (Le jazz branché au propre et au figuré).

DJ Cam : L'alliance musicien + dj…

La soirée du lundi était plus particulièrement consacrée aux nouvelles tendances du jazz. Et ça commence très fort sur la scène des "arènes" avec Dj Cam. Première surprise : je m'attendais à voir Nils Peter Molvaer sur cette scène et à cet horaire (c'est en tout cas ce que disais le dossier de presse), et j'ai dû attendre deux morceaux pour réaliser que les deux artistes avaient inversé les horaires et les scènes ! Ok, je verrai Nils après, mais je reste, c'est de la bonne musique.

Otons tout d'abord la mention "dj" attachée au nom, afin d'éviter les quiproquos. Cam n'appartient pas au courant techno mais hip-hop, comme il le revendique sur son site. Cam est musicien avant toute chose. Il a appris le piano entre huit et douze ans, il a écouté du jazz avec son père, joué de la batterie, puis il est tombé au royaume des platines. Grand amateur de Quincy Jones, il a composé toutes les chansons que le groupe a joué ce soir-là. Comme quoi, laissez tomber les préjugés ! C'est pas parce qu'on est derrière une platine qu'on n'est pas musicien.

Sur scène, Cam (platines, claviers) est accompagné par une brochette de musiciens talentueux : Daniel Roméo (basse), Eric Legini (claviers), Guillaume Naturel (sax, flûte), Alexandre Tassel (trompette), Robin Laurent (batterie).

Musicalement, si c'est ça le renouveau du jazz, je m'inscris tout de suite ! C'est vraiment fabuleux ! En tant qu'amateur d'Incognito, de Jamiroquai et autres Brand New Heavies, je ne peux qu'apprécier. Personnellement, j'appelle ce style acid-jazz. Mais je croyais que ça avait disparu, c'est vous dire si je suis content ! Une base groove, des harmonies jazz, des scratches, et des musiciens d'un sacré niveau, voilà la recette…

En ouverture de cette soirée, Cam a eu un immense succès.

Dernier album : The beat assassinated (1998. Inflammable Records / Columbia)

Nils Peter Molvaer : La grande surprise venue du froid…

20h30 : direction la scène "jardins" pour écouter Nils Petter Molvaer. Ce trompettiste norvégien est la nouvelle valeur montante de la trompette dans les pays nordiques. Le public était d'ailleurs venu en nombre pour le voir.

Un seul mot me vient à l'esprit : dé-jan-té. Ah je ne m'attendais pas à ça; je dois admettre que c'est assez déroutant. Voici donc la situation : sur scène (côté jardin), nous pouvons voir deux mecs qui balancent des boucles, des samples, qui scratchent, etc. A côté, un bassiste qui ne joue presque pas de basse (merci la séquence …), mais qui triturent ses effets pour obtenir des sons assez bizarres, un batteur, qui joue par-dessus les boucles électroniques, Nils, au milieu de la scène, et un guitariste fou (côté cour) doté d'effets qui feraient pâlir Steve Vaï.

Pour lui, la situation est claire : la guitare n'est pas utilisée pour la rythmique, ni pour l'harmonie (à quelques exceptions…), mais pour la torturer jusqu'à obtenir des effets impensables (merci Eventide). Je n'aurais jamais pensé qu'on puisse infliger une telle punition à une guitare. Mais honnêtement, le résultat est à la hauteur du temps passé à triturer (lui aussi) ses pédales et racks d'effets…

Musicalement, c'est très "ambient". Entre les effets hypnotiques des samples, et les bruitages générés par le guitariste, s'agite une trompette encore plus étrange. La recette de Molvaer est simple : "une trompette, deux doses de jazz, une dose de techno, une pointe de world music". Je préfère m'arrêter là, car cette musique est très difficilement transcriptible avec des mots…

A découvrir d'urgence le dernier album : NP3 (2002. Emarcy)

Troublemakers : Des accents de rave party …

Le dernier groupe que j'ai vu ce soir là m'a époustouflé. Troublemakers est un groupe français composé de 3 djs marseillais (dont un qui joue aussi des claviers) qui ont cette particularité d'être signés sur un label américain : Guidance .

Entre jazz, funk, électro, abstract hip-hop et house, le concert est le reflet de trois démarches singulières pour arriver à un mixage hétéroclite et pourtant si homogène. Sur scène, nous pouvions voir deux djs, un clavier, un sax (très bon !) et un flûtiste qui, à ses moments perdus, chantait un peu comme un chien aboie…

Le public a très bien réagit à l'alternance des atmosphères down-tempo et house. On se croyait presque à une rave party !

Un des aspects les plus remarquables, c'est la projection d'images sur un écran en fond de scène. Le spectacle est total : son, lumières et images.

Dernier album : Doubts & Conviction (2001. Guidance)

24 Juillet : Blueblood Blues (Les sangs bleus du blues)

Dr John : Du blues empreint de vaudou…

Depuis le début du festival, c'est la première fois les jardins et les arènes de Cimiez sont noires de monde. Il y avait des gens partout ! A croire que le blues fait encore recette …

Et la soirée débute très fort avec le pianiste de blues le plus célèbre de la New-Orleans : Dr John. Aux premiers accords de " Iko Iko ", le public devient fou. On peut expliquer ce phénomène de deux façons :

Dr John est une légende vivante. Il a joué avec les plus grands, et son nom figure sur des centaines de pochettes d'albums.

Dr John a le "look". Il est habillé comme un sorcier vaudou ("Dr John" est d'ailleurs le nom d'un personnage mythique du XIXème siècle pratiquant le vaudou, prédisant l'avenir et vendant des potions magiques), et s'entoure de toute sorte de gris-gris et autres colliers…Car ce pianiste à la barbe blanche ne cache pas être adepte du vaudou (Comme beaucoup de monde à la Nouvelle Orleans). Il s'est forgé un personnage à la fois mystérieux et fascinant, magique et pourtant si commun. Que ceux qui ne connaissent pas les rites vaudou regardent le film "Live and Let die", sorti en 1974…

Pendant plus d'heure, entouré de trois musiciens blacks (basse, batterie, guitare), Dr John va alterner des chansons blues plus ou moins rapides. A califourchon sur son tabouret, avec un piano à sa gauche (jardin) et un orgue à sa droite (court), il fixe le public et l'envoûte progressivement. Une chose est sûre : ça a fonctionné. Le public est conquis.

Dernier album : Anutha Zone

Jean-Jacques Milteau : Le retour en force de l'harmonica…

19h58 : Je me dépêche de rejoindre la scène Matisse, sur laquelle va bientôt débuter le concert de Jean-Jacques Milteau.

Pour ceux qui ne le connaissent pas, Jean-Jacques Milteau est le musicien français qui a réussi à rendre ses lettres de noblesse à un instrument trop vite oublié : l'harmonica. Lorsqu'un artiste français a besoin des services d'un harmoniciste, c'est automatiquement à lui qu'on fait appel. Résultat ? Il est partout. Chez Eddy Mitchell, chez Michel Jonasz, et même chez Goldman…

Avec son humilité, sa bonne humeur et son sens de l'humour, Jean-Jacques nous a diverti (dans tous les sens du terme, même pascalien…) pendant plus d'une heure. Dès son entrée sur scène, il lance au public très nombreux, amassé devant la scène : "Qu'est-ce que vous foutez là ? Il y a Dr John qui joue. Moi si je pouvez, j'irais".

Dès que la musique commence, je m'aperçois que le blues à l'harmonica est fabuleux, beaucoup plus qu'à la guitare (à mon goût); mais je m'aperçois surtout que dans le groupe, il n'y a pas de bassiste. C'est l'organiste qui fait les basses à la main gauche (NDLR : Ray Manzareck a ouvert la "porte" à ce genre de délire…). Bel exploit !

Lors de ce concert je découvre aussi que Jean-Jacques chante, et beaucoup mieux que certains "artistes" de maintenant. Avec une voix légèrement éraillée, il interprète deux chansons, et termine par une reprise étonnante de " Gloria ", de Van Morrison (pas Jim, Van).

Le petit problème de ce concert, c'est la sonorisation. Avec Dr John et Dave Stewart qui jouent sur la scène "jardins", le pauvre harmonica de Jean-Jacques est très vite couvert. Pour (encore) mieux communiquer avec le public, il tente quand même un petit passage "a cappella", c'est-à-dire sans micro… Mais lorsqu'il entend la sono de la scène mitoyenne, il se met à se déhancher frénétiquement et repasse vite derrière son micro… Décidemment plein d'humour !

L'actualité de Jean-Jacques Milteau est hallucinante : il est en tournée partout en Europe cet été; et son dernier opus, Memphis, a été enregistré aux légendaire "Studio Royal" à … Memphis. Pour les amateurs de blues Memphis est le berceau et le temple du blues; et le "Studio Royal" est l'endroit mythique qui a recueilli les enregistrements des plus grands noms de la soul (à la grande période de la Motown…), du blues et du jazz…

Après le concert, direction sa loge pour une interview… A suivre …

Dernier album : Memphis (Universal Music Jazz. 2001)

Popa Chubby : Le blues bien gras…

Après l'interview de Jean-Jacques, je reviens vers le village presse, à côté de la scène Matisse. J'avais beaucoup entendu parlé de Popa Chubby, mais je ne l'avais jamais entendu, ni vu.

Tout à coup, alors que la sono de Dave Stewart (scène "jardins") nous arrache les oreilles, j'entends un gars fredonner la musique qu'on est obligé d'entendre (NDLR : C'est un des inconvénients de ce festival, avec trois scènes et trois concerts différents, en même temps. C'est un peu le brouhaha…). Je vois alors débarquer un molosse qui me faisait trois fois en hauteur comme en …largeur, avec une guitare qui semblait être un jouet ! Jean-Jacques Milteau nous avait prévenu. En présentant son guitariste légèrement bidonnant, il avait lancé au public : "Pour que le choc ne soit pas trop rude à l'arrivée de Popa Chubby, je vous présente son porte-clé". Enfin, ne nous arrêtons pas au physique, sinon l'industrie du disque se limiterait à Britney, à David Charvet, ou aux pouffiasses qui se font tirer dans une piscine, devant 26 caméras…

Popa monte sur scène, et là… On dit souvent qu'un grand musicien se reconnaît dès la première note qu'il joue. Je pense que nous sommes dans ce cas-là. Durant plus d'une heure vingt, Popa nous débite un blues à l'américaine : gras à souhaits. Le public, très nombreux devant la scène Matisse, adhère immédiatement. S'enchaînent alors des blues très lents et d'autres aux rythmiques échevelées. Puis Popa conquis définitivement la foule avec sa reprise de " Walk on a wild side " de Lou Reed. Pour accrocher déjà un public pourtant aux anges, il passe derrière la batterie pour se livrer à un solo qui ferait pâlir bien des amateurs de "poum-tchac".

Ultime surprise pour son rappel. Alors que je suis en train de discuter des vicissitudes de l'ADAMI et de la SPEDIDAM avec Jean-Jacques Milteau, Popa lui demande de venir boeuffer avec lui : "Tu viens jouer avec moi ? Je fais un truc en Mi". Jean-Jacques, en harmoniciste prévoyant a toujours une pochette pleine d'harmonicas sur lui. Il se précipite sur la scène et entame avec Popa un bon blues de derrière les fagots. Voila comment ça se passe entre les grands….

Dernier album : Flashed Black (Popa Chubby Productions)

BB King : La légende …

Et en parlant de grands musiciens, il est l'heure d'aller voir la légende vivante du blues. Deux lettres suffisent à le nommer : B.B.

C'est LA tête d'affiche de cette soirée blues. C'est pour lui que le public a afflué en nombre. Au village presse, on nous avait dit que le dieu vivant n'entrait que scène qu'au troisième morceau. Inutile de me presser me dis-je… Erreur ! Les jardins de Cimiez étaient bondés, il ne fallait pas être pressé d'avancer de deux mètres. Entre deux stands de sandwiches, je trouve une place de choix : j'ai juste le micro de BB dans mon axe. Je m'installe.

Le groupe commence. Il y a un son qui fracasse ! Après des solos à rallonge de tous les musiciens, arrive le troisième morceau. L'aboyeur hurle le nom de "B.B. King" dans le micro, pour chauffer la foule, pourtant prête à exploser. Ca y est, il arrive, accompagné de "Lucille", sa fidèle guitare. La seule mauvaise surprise, c'est que ce soir, la légende du blues va jouer … assis; ce qui déçoit environ les trois quarts du public qui, tout comme moi, voyait tout juste son micro. Enfin, B.B. est là, et bien là.

Dès la première note de Lucille, le public est en délire. Dommage que le son de sa guitare ne soit pas top. A presque 80 ans, B.B. King déclame haut et fier : "I'll survive". Message à l'attention de ses détracteurs qui aimeraient bien qu'il cède la place de dieu vivant du blues.

Pendant près d'une heure et demi, le blues va être encensé. Je lâche mon stylo et j'écoute…

25 Juillet : Dance (Teuf !)

Je suis étonné par l'absence du public. Les jardins de Cimiez sont quasiment vides lorsque le premier concert de la soirée débute. Pourtant, la soirée est annoncée comme une soirée "Dance"…

Tiken Jah Fakoly : Reggae roots…

Sur la scène "jardins" était programmé le fils spirituel d'Alpha Blondy : Tiken Jah Fakoly. Les musiciens étaient vêtus de vêtements aux couleurs chatoyantes (c'est un euphémisme) rappelant l'Afrique, et dès le premier accord, tout le monde était fixé et les amateurs de reggae étaient ravis.

Après avoir été annoncé, telle une légende du reggae, par son aboyeur, Tiken Jah déboule sur scène dans un costume rappelant étrangement une peau de loup… Entouré de 3 cuivres, une rythmique complète et 2 choristes, la communion commence.

J'ai toujours été étonné de voir qu'on peut faire des morceaux de 10 minutes sur 2 accords. Le public reste froid, et pour cause : il n'y a aucune communication entre l'artiste sur scène, et eux, en bas…Dommage. C'est peut-être pour cela que beaucoup de gens s'en vont. Ou peut-être est-ce dû au fait qu'on ne comprend pas les paroles. Certes c'est du français, mais prononcé assez bizarrement. On ne comprend qu'un mot sur quatre…

Pour conclure, rien d'extraordinaire en ce début de soirée.

Dernier album : Françafrique (Barclay)

Sanseverino : Digne héritier de la chanson française

Sur la scène Matisse se débattait Sanseverino, la nouvelle vedette montante de la chanson française. Entouré d'un guitariste, d'un batteur, d'un contrebassiste, d'un accordéoniste et d'un violoniste, Sanseverino (guitare, chant) nous a donné à entendre un répertoire jazzy / musette / guinguette.

Celui qui s'inscrit dans la lignée des chanteurs français à textes (Brel, Brassens, Trenet, Ferré …) est vite devenu une valeur sûre. Même si ce n'est pas ma tasse de thé, je suis forcé de reconnaître que le public n'était peut être pas nombreux, mais été conquis. Bel exploit, car ce style de musique en laisse froid plus d'un…

Dernier album : Le tango des gens (Saint George / Sony)

Sister Sledge : Une leçon de groove …

Le public s'était fait plus nombreux aux alentours des 20h30 pour accueillir comme il se doit Debbie, Joni, Kim et Kathy, les mythiques Sister Sledge. Celles qui, dans les années 70, ont été produites par Chic étaient tombées dans l'oubli jusqu'à un certain jour noir de l'année dernière. C'est en effet après les attentats du 11 Septembre que leur tube interplanétaire, " We are family ", a servi de cri de ralliement à une Amérique blessée.

Depuis, les 4 sœurs ont retrouvé le chemin de la scène pour offrir un best of du disco pendant plus d'une heure. Et croyez moi, elles ont encore la pêche ! Le seul petit défaut, c'est qu'elles sont arrivées en retard sur scène (les musiciens ont glandouillé plus de 15 minutes sur scène, face au public), et qu'en plus, leurs tenues de scène rappelaient un peu les tenues des p*** du Queens ou de Brooklin… Elles ont mis un peu de temps à se chauffer, au début les chœurs étaient faux, mais quelques minutes plus tard, c'était oublié….

Ce qui est hallucinant, c'est que le public croyait connaître toutes les chansons. Pas étonnant ! La chanson " He's the greatest dancer " (le premier tube des Sister Sledge, en 1979) a été samplée par Will Smith pour " Gettin' jiggy with it "; la chanson " All American Girls " a été samplée par Mousse T pour le tube de Tom Jones : " Sex Bomb "; et la chanson " We are family " (reprise en chœur par le public) est le tube qu'on connaît… Si l'on rajoute à cela les trois reprises : " Roots " d'Incognito, " Ribbon in the sky " de Stevie Wonder (magnifique interprétation des 4 sœurs…), et surtout, " Good Times " de Chic, en rappel, on obtient la recette du succès : faire du neuf avec du vieux.

Et les Sister Sledge n'hésitent pas à faire de l'humour. Ainsi à la fin de " Good Times ", le percussionniste passe derrière la batterie, et le batteur vient faire du rap devant la scène. Que chante t'il ? " Rapper's Delight " que le groupe SugarHill Gang avait lui-même samplé sur Chic. La boucle est bouclée… Concert grandiose !

Dernier album: The very best of Sister Sledge 1973 – 1993 (Rhino / Wea. 1998)

Yannick Noah : Rastaman Vibrations …

Pour boucler cette soirée, nous avons droit à un concert du plus camerounais des français (ou inversement) : Yannick Noah. Nous ne reviendrons pas sur son passé de sportif de haut niveau (comme il se plaît à le rappeler sur scène), ni sur les liens qui l'unissent à Nice (ville dans laquelle il a commencé le tennis dans une section sports-études), mais nous nous intéresserons à son présent de chanteur.

Yannick est le seul sportif a avoir réussi une reconversion musicale (on se souvient des exploits de John Mac Enroe à la guitare…), et visiblement, ce nouveau métier lui va très bien. Ma première réaction est l'étonnement : il chante bien, il a une belle voix, et surtout, il chante juste (ce qui n'est pas donné à tout le monde, surtout en France…). Lui n'est pas passé par toutes ces académies du chant, mais pourtant, il travaille avec les plus grands : Jean-Jacques Goldman, son frère, Robert (Jean Kapler), Erick Benzi …

Sur une scène décorée aux couleurs de l'Afrique (avec deux gros masques tribaux), Yannick est accompagné par deux percussionnistes, un batteur, deux claviers, un bassiste, un guitariste et trois choristes. Vu le succès qu'ont rencontré tous ses singles, on a donné les moyens à Yannick pour travailler dans d'excellentes conditions.

Attendu de pied ferme par un public plus nombreux qu'au début, Yannick chauffe progressivement la foule (il ira même jusqu'à la côtoyer de très très près), jusqu'à son dernier tube : " Jamafrica " qui prend tout son sens en live. A partir de là, les ambiances reggae, calypso, afro-cubaines s'enchaînent. Les gens connaissent tous les tubes : " Les lionnes ", " La voix des sages " (repris en chœur par le public), mais tout le monde attend la même chanson. Celle que Yannick a sorti en 1990, qu'il a chanté en 1991, lorsque l'équipe de France de tennis remporte la Coupe Davis : " Saga Africa ", véritable extrait de bonne humeur en barre.

Suivent les rappels. Le public, chaud comme des braises, entonne " Simon Papa Tara ", la chanson que Yannick a dédicacé à son grand-père. Alors que les gens s'apprêtent à partir, Yannick veut rester. La communion entre lui et le public est réelle, et pour le remercier, il reprend une chanson de Bob : " Redemption Song ", accompagné de ses choristes et du guitariste uniquement. Puis, pour terminer, il nous livre la chanson " Oh rêve ", qui est une version modifiée de la Marseillaise. Les paroles, écrites par Yannick, font l'apologie du pacifisme. Belle leçon de morale pour clore le spectacle…

Dernier album : Yannick Noah (Saint George / Sony)

Au terme de ce festival, il est temps de faire le point. D'après ce que je me suis laissé dire, l'affluence était moindre par rapport à l'année dernière. Il est vrai que la programmation était le point de mire de beaucoup de gens. Cette année, il n'y avait pas de juste milieu : soit on a aimé, soit on a détesté.

Points négatifs :

- Les reprogrammations de dernière minute qui en ont dérouté plus d'un. Ainsi St Germain était prévu le lundi, et a joué la veille, le dimanche. Le problème c'est qu'une majorité du public l'ignorait, et est venu lundi. Résultat ? Déception.

- La puissance sonore. A croire que les organisateurs voulaient sonoriser une rave-party ! Ce serait bien de ne pas oublier que la clientèle mélomane n'est pas encore sourde…

- Les concerts se chevauchent… Il est impossible de tous les voir en entier. Dommage…

- La programmation… Qui est beaucoup moins jazz que les années précédentes. Les seuls dignes représentants étaient Dee Dee Bridgewater, Joe Zawinul, ou Kenny Garett.

- Il n'y a pas de sièges !

Points positifs :

- La programmation… Un seul mot "ouverture". Ca fait plaisir de voir que le jazz n'est plus figé, et surtout, n'est plus une musique élitiste.

- L'ouverture aux nouvelles tendances du jazz. Avec une programmation résolument tournée vers les musiques électroniques qui semblent sonner le glas du jazz traditionnel, et être le renouveau du jazz français. Tant mieux ! Le public a préféré, de loin, les nouveaux artistes (Dj Cam, Troublemakers, Saint Germain ou, dans d'autres styles, Popa Chubby ou Yannick Noah), à la vieille école. Tant mieux !

Sites officiels :

Tiziano Ferro : www.tizianoferro.com
St Germain : www.bluenote.tm.fr/french/stgermain.html
Air : www.10000hzlegend.com
Dj Cam : www.sonymusic.fr/djcam
Nils Peter Molvaer : www.nils-petter-molvaer.com
Troublemakers : www.troublemakers.fr
Jean-Jacques Milteau : jjmilteau.free.fr
Popa Chubby : www.popachubby.com
B.B. King : www.bbking.com
Sanseverino : http://www.sonymusic.fr/sanseverino/sanseverino/pages/bio.html
Yannick Noah : www.yannicknoah.com

 
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Semaine du Lundi 29.07.2002

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