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Bernard Gueffier

Bernard Gueffier

En pleine période du Midem, à Cannes, c’est dans le somptueux cadre du Noga Hilton que j’ai ce soir rendez-vous avec Bernard Gueffier, pdg du label Muséa. Au fil des ans Muséa, qui regroupe une quinzaine de labels, est devenu le leader incontesté du rock progressif en France, et même, dans le Monde. Dans le douloureux combat des indépendants contre les majors, Muséa possède un avantage de taille : sa forme juridique, association Loi 1901. Pour nous expliquer tout cela en détails, je découvre un homme très sympathique, Bernard Gueffier. Sur un ton chaleureux, et très loin des exigences marketing tant à la mode au Midem, il nous explique l’aventure Muséa.

Peux-tu nous présenter le concept « Muséa » ?

Muséa désigne à la fois un groupement de labels, mais aussi le label le plus ancien et le plus important. Le label Muséa est spécialisé dans le rock progressif, que ce soit des rééditions ou des nouveautés venant du monde entier. Activités : dans la même proportion rééditions et nouveautés. Nombre de titres publiés : 450 à ce jour. Vient derrière, par ordre d’importance : Brennus. Sa spécialité est très précise : c’est le hard rock mélodique français. On frôle les 90 titres parus à l’heure actuelle. Il existe depuis plus de douze ans maintenant. Derrière, il y a Thundering, un label dédié au métal. Il doit avoir environ 35 titres. Viennent ensuite Gazul, un label de musiques nouvelles, expérimentales et improvisées. Donc très pointu dans le pointu ! Angular Records est un label de néo-progressif. Donc, pour situer, si on dit que le progressif est le descendant de Genesis, on dira que le néo prog est le descendant de Marillion. Pour résumer brièvement. C’est un label qui a aujourd’hui une trentaine de titres. Blind Bee est un label de blues. Il y a une dizaine de titres. Great Winds, c’est du jazz. Principalement du jazz actuel, et principalement acoustique. Musea Parallèle, c’est du jazz-fusion. Il y a une trentaine de titres dessus. Rebel est un nouveau label de rock généraliste français. Il débute à peine. Il y a 5 titres dessus. Dreaming, c’est de l’électronique façon new age, pas du tout techno. Il y a une vingtaine de titres. Et Ethnea est un label de folk français, principalement celtique. Il y a une douzaine de titres dessus.


J’ai entendu dire qu’il y avait aussi des dvds ?

Oui, pour l’instant uniquement en distribution. Le gros du catalogue vient du label anglais Classic Rock Legend, qui réédite et publie des bandes d’artistes des années 70, comme Asia. Ca été la base de notre implication dans le dvd. Il faut dire qu’ici au Midem, on s’aperçoit que c’est le support qui fait flasher tout le monde en ce moment ! Et il faut le faire. On a pris la chose à temps, et depuis, la plupart des labels qu’on a en distribution ont commencé à développer une ligne de dvds. Ca veut dire qu’on a des dvds de King Crimson, de Steve Hackett, de Pendragon… Et en ce qui nous concerne, Musea est sur le point de publier ses cinq premiers dvds dans les jours qui viennent : 2 consacrés à Ange (des rééditions de concerts qui existaient sur cassette), 2 consacrés à nos groupe : Mona Lisa au Prog’ Fest en 2002, et l’intégralité du Prog’ Fest. Le cinquième projet pour l’instant, c’est Minimum Vital.

Combien de titres sortent dans le commerce par an ?

Rien que sur nos propres labels, Brennus, Musea, etc il faut compter une petite centaine de titres par an. Donc c’est bien, oui. Rien que Musea en sort pratiquement un par semaine tout au long de l’année. Si tu ajoutes les autres labels, comme Brennus, qui doit en sortir 2 par mois, et en additionnant le tout, on arrive donc à une centaine de titres par an. Ce qui, pour un conglomérat de labels indépendants est une grosse production.

Ca se vend bien ?

Au niveau des quantités vendues, ça n’a rien à voir avec les grosses boites. Ce sont principalement des artistes inconnus, donc pour nous, une vente de 10 000 exemplaires est un bon succès.

Il y a aussi des labels en distribution ?

A côté de cette douzaine de labels, il y a une vingtaine de labels distribués. Ca s’est fait un peu par hasard. On avait, jusqu’à il y a deux ans, un distributeur pour nos propres produits, et même plusieurs distributeurs/ Le hard-rock avait sa propre distribution. On est passé chez Night & Day, Naïve, XIII Bis, etc. Le reste du catalogue était chez MSI. Et puis malheureusement, cette boîte a fait faillite, et on s’est retrouvé sans distributeur. Plutôt que de confier nos titres à des gens qui ne sont pas toujours bien concernés par ce qu’on fait, ou de passer en 25ème position derrière des priorités qui nous dépassent de loin, on s’est dit qu’il était peut-être plus intelligent de s’occuper nous-mêmes de nos oignons, et donc on a monté notre propre distribution. Avec ce petit embryon de catalogue, on a réussi, malgré tout, à intéresser des grandes chaînes de magasins, et à ouvrir des comptes ; et de fil en aiguille, des tas de gens voyant qu’on distribuait, avec un succès raisonnable, du rock progressif, sont venus nous voir en ne demandant de se joindre à notre distribution. De cette manière les labels de King Crimson, Fish, Arena ou Pendragon se sont joint à nous pour former un catalogue qui compte maintenant 1500 titres. Très centré vers le progressif, mais avec des ouvertures vers le métal, le hard, etc.

La distribution des labels Muséa passe par les disquaires traditionnels ou la grande distribution (Carrefour, Leclerc) ?

En fait par les deux. L’axe principal est les deux grandes chaînes Fnac et Virgin. A eux deux, ils représentent plus de la moitié de notre chiffre (60%). On passe aussi par les grands indépendants comme Planet Saturn, Hypermédia, etc. Et puis une masse de petits disquaires, enfin ce qu’il en reste, et un petit peu d’hyper. On travaille avec Leclerc, par exemple. Mais les hypers ne sont pas notre fond de commerce. Il faut savoir qu’un disque de prog perdu chez Auchan ne fera jamais un carton !

Selon les statistiques, de plus en plus de gens achètent leurs disques en grande surface, ce qui paraît aberrant…

Oui, mais il faut distinguer. Leclerc, par exemple, a crée des espaces culturels dédiés, avec des gens compétents pour conseiller le client, ce qui est rarement le cas dans les hypers.

Il y a beaucoup de rééditions chez Musea. Comment choisissez-vous le catalogue à rééditer, et est-ce rentable ?

Ah, c’est intéressant ! Tu as vu que Muséa était constitué d’une douzaine de labels. Pourquoi ? Parce qu’au départ, nous étions branchés exclusivement rock progressif. Dans l’équipe, des gens se sont manifestés en disant : j’aime bien le prog, mais j’aime aussi le hard, le blues… Et donc, on a utilisé l’infrastructure Muséa, la possibilité de savoir presser un disque, de savoir se distribuer … pour créer cette mosaïque de labels spécialisés. Dans chaque label, il y a la même configuration. Il y a un passionné à la base, qui, lorsqu’il veut faire une réédition, va simplement consulter sa collection de vinyles de l’époque, et dit : ça c’était génial, et ça mérite d’être à nouveau porté aux oreilles du public. On est tous des passionnés, on connaît donc déjà les choses intéressantes à rééditer. C’est de là que ça part.

En ce qui concerne la rentabilité maintenant. Il faut savoir que quand on a la passion vissée au corps, et qu’on s’aperçoit que le rock progressif est complètement absent des bacs des disquaires, on se doute qu’il n’y a pas trop de potentiel commercial, ni beaucoup d’argent à faire. Chose importante : Muséa, en tant que structure, est une association Loi 1901. Aujourd’hui, malgré sa taille (20 salariés, 150 000 disques vendus par an), ça reste une structure associative. Ca veut dire qu’à la différence des autres labels, on n’a pas un objectif de rentabilité projet par projet. On a juste besoin d’un équilibre global. Ce qui nous laisse la liberté extrême de dire : là, je sors un disque, je sais que je vais gagner un petit peu d’argent dessus. Le prochain, il me tient à cœur, je sais que je vais paumer du fric, mais je le fais quand même, parce qu’il me plaît. Quand on est dans une boîte commerciale, on ne peut pas se permettre ça. Donc voilà, la rentabilité est globale. Et je dirais même que ça n’est pas grave si un label est déficitaire par rapport à un autre qui est excédentaire. L’essentiel est qu’on puisse payer tout le monde à la fin du mois, point !

Les bénéfices de ces rééditions peuvent être réinvestis dans la promo d’un groupe en développement ?

Tout à fait … La réédition c’est du gâteau. La promo est faite, la notoriété est là, il suffit de bien faire son travail. On met les disques en vente, ça se vend, et ça nous permet d’engranger quelques bénéfices. Et effectivement, l’essentiel de ces bénéfices sont consacrés au développement de nouveaux artistes. Alors comment va t’on pouvoir les aider ? Une des manière les plus innovatrices, pour permettre le développement à l’export, c’est de les faire jouer dans des festivals internationaux. Au niveau rock progressif, il existe 5 ou 6 grands rendez-vous dans le monde : en Californie, à Rio, au Mexique… On est en relation très étroite avec tous ces organisateurs de concerts, dans la mesure où on est leur fournisseur privilégié. Quiconque veut organiser un festival de prog au monde, Muséa est incontournable. Donc ils font appel à nous pour trouver leur programme, et on sponsorise le déplacement de nos groupes, on les aide à financer le déplacement. Souvent les organisateurs n’ont pas de quoi prendre en charge la totalité des coûts, surtout lorsqu’il faut jouer sur le continent américain. Donc l’essentiel de notre développement est de pousser les groupes à jouer au niveau international, et là, ça leur ouvre une reconnaissance beaucoup plus large.

Y’a-t-il encore un attrait pour le rock progressif en France ?

Oui. On a constaté que depuis le début de notre activité, il y a une évolution du public. Au-delà du noyau de fans de rock progressif qui ont connu les groupes dans les années 70, il y a un jeune public qui se créé. Ce sont des gens qui sont étudiants, lycéens, et qui découvrent cette musique. Dans ce style, le public se développe. Il y a de nouveaux mélomanes qui rentrent dans la course, et qui s’intéressent à ce style. Donc, oui, je suis assez optimiste.

Est-ce un style réservé à des initiés ?

Initiés, non. Je refuse le terme, car il est élitiste. Il n’y a pas besoin d’avoir fait des études de musicologie pour apprécier le prog. Par contre, c’est vrai que c’est une niche, ça concerne peu de gens. L’essentiel de l’auditorat des autres styles aime une musique qu’on retient facilement, sur laquelle on peut danser, qu’on peut mettre en musique de fond sans y prêter attention. Tout ça ne se prête pas au progressif, manifestement… C’est vrai que le prog est une musique relativement cérébrale, qu’on écoute de manière concentrée, et qui stimule plus l’imagination que les pieds ! A ce titre, elle touche peu de gens. Ce n’est pas pour cela que c’est forcément des initiés.

En ce qui concerne la gestion de carrière des artistes, arrivent-ils à vivre de leur musique ?

C’est à peu près la même proportion que dans d’autres styles musicaux. En blues, il y a des têtes d’affiche qui en vivent normalement, et puis il y a une foule de groupes amateurs qui font un disque par ci par là. La même configuration se retrouve dans le progressif, à ceci près que ceux qui arrivent à en vivre sont encore moins nombreux. Parmi tous nos artistes (NDR : C’est-à-dire sans compter les labels distribués), seuls 10 d’entre eux arrivent à vivre correctement de leur musique, et encore ! En faisant des activités para-musicales, du genre ingénieur du son, prof d’instrument… Pour trouver des gens qui en vivent de manière complète, il faut taper dans les labels qu’on distribue. Alors oui, quelqu’un comme Fish ou Peter Hamill en vit. Mais c’est l’exception.

On a parlé des festivals de rock prog dans le monde, mais y’a t’il des scènes pour le prog en France ?

Les endroits pour jouer sont assez réduits. On les compte sur les doigts d’une main. Il y a 4 ou 5 festivals qui ont lieu l’été : le festival de Royan, Prog’Sud à Marseille, un autre à Sarlat et un dernier à Orthez. Voila, on a fait le tour ! A Paris, l’association « Prog’ la vie » fait venir régulièrement les têtes d’affiche du prog : Arena, Pendragon, Flower King…Mais ça se limite à ça. Donc, en France, on a fait le tour. Ca représente une vingtaine de groupes qui peuvent jouer une fois dans l’année. C’est inexistant… Donc non. Il n’y a pas d’endroits pour jouer. Le seul endroit qui programme du prog régulièrement est situé en Belgique. C’est le « Spirit of 66 », qui est à Verviers, en Belgique. C’est un petit club qui programme 3 concerts par semaine, toute l’année; avec au moins 1 sur 3 qui concerne le prog. Donc, pour résumer, c’est le désert !

Avant dernière question, concernant l’hommage à Pink Floyd, mais c’est sur un label distribué…

Non, non « Pigs and Pyramids » est sorti sur le label Muséa, donc je peux t’en parler…

Alors, comment as-tu fait pour réunir tant de stars ?

En fait, il existe des boites de productions aux Etats-Unis qui rassemblent les musiciens, financent les séances, et mettent les bandes sur le marché, au plus offrant. Dans ce cas, on a pris une bande existante, mais eux avaient recruté Billy Sherwood de Yes, en tant de producteur, pour monter ce projet. C’est un travail de commande spécifique. Ils ont dit à Billy : rassemble tes potes, et enregistrez un hommage à Pink Floyd. Et évidemment, Billy avait les potes qu’il fallait…

Dernière question sur le rock progressif en général. La dernière tournée de Marillion a été entièrement financée par les fans, faute de moyens. N’est-ce pas dommage d’en arriver là ?

Je vais te donner un autre exemple. Le dernier concert de Ange, qui est un groupe qui a eu 4 disques d’or, a été auto financé par le groupe. Ils ont loué le Zénith pour y jouer. Si tu me dis que Marillion a fait pareil, je dirais que ça ne m’étonne pas… Ca n’est que le résultat de la politique des majors, et de l’état du marché pour ce style de musique. C’est une conséquence logique. Quelle grosse boite va avoir les couilles de financer une tournée de Marillion alors que leur dernier album s’est vendu, bon je n’ai pas les chiffres, mais aux alentours des 30 000 exemplaires…. Ce qui, pour eux, n’est pas suffisant. Donc les majors ont fixé des quotas, et dès que tu tombes en dessous de la barre fatidique de leur seuil de rentabilité, tu es foutu à la poubelle. Donc, soit tu meurs, soit tu prends ton destin en main… Apparemment, c‘est ce qu’ils ont décidé de faire, et c’est très bien. Un groupe qui vend aujourd’hui à 30 000 exemplaires a le droit d’exister, même si les majors n’en veulent pas. Il faut que les gens s’organisent pour que ces groupes-là continuent à vivre, puissent d’exprimer, et puis les gros, on les emmerde !

Merci…

live from Cannes… Aidé par Fabien M.
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Semaine du Lundi 10.03.2003

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